samedi 28 août 2021

C'est quoi être camerounais? Interprétation de la camerounité sous le prisme du chant de ralliement.

Ô Cameroun.

Ces deux mots sont l'introduction dans le Triangle National.

Ils sont la célébration d'un nom qui est né de la découverte admirative faite à une époque ancienne par d'autres, pour d'autres. Ce fut ainsi. Cette rivière des crevettes est celle que nous appelons Wouri avec nos propres mots. Ce fut une rivière de richesses. Rio Dos Camaroes.

Rio Dos Camaroes. Faut-il s'en défaire, le changer ? La rivière des crevettes a drainé depuis notre conscience nationale qui a grandi dans son lit fécond.

Ô Cameroun ; rivière qui étanche notre soif, nourrit son peuple, lave et rafraîchit nos corps, irrigue nos terres fertiles, nous relie les uns avec les autres et nous conduit à la découverte du monde.

Ô Cameroun, célébration poétique du don de la nature.


Berceau de nos ancêtres.

C'est la terre d'Afrique sur laquelle les plus anciens ont été déposés.

Sur son doux feuillage, ils ont été posés par la nature et l'Eternel. En forêt, dans la savane, sur les montagnes, sous le feuillage des palétuviers de la mangrove, sur les plages en bordure de mer ou dans l'océan Atlantique, et même sur le sable chaud du désert, nos ancêtres ont regardé vers l'immensité du ciel, leurs corps nouveaux nés posés sur la terre d'Afrique en Miniature.

Le Cameroun est le berceau de nos ancêtres, l'endroit où ils virent le jour et qui les protégea des dangers jusqu'au moment où ils purent le protéger à leur tour. Berceau de nos ancêtres, le lieu qui les a vus naître.


Va debout.

C'est le pays en mouvement. Celui qui refuse de rester sur place. Il est dynamique, prend son chemin et y avance, alerte, droit devant et debout surtout.

Il va debout, à la rencontre de son destin qu'il prépare, imagine, entrevoit et accomplit. Ce n'est pas un pays qui est couché, ce n'est pas un pays qui se fait abattre. Il est en équilibre et il va de l'avant au milieu des autres Nations, parmi les autres Nations, avec les autres Nations et devant les autres s'il le faut. C'est un pays Leader.


Jaloux de ta liberté.

La liberté ne se donne pas. La liberté est un combat qu'il faut gagner. C'est un trophée qu'il faut conserver en bataillant contre tous les prédateurs qui déploient leurs chaînes de la soumission.

La Liberté est notre plus grand pouvoir. La liberté de défendre les intérêts du pays, la liberté de parler d'égal à égal avec les autres peuples. La liberté qu'il faut conserver avec jalousie contre les tentations et menaces afin qu'elles aillent divaguer ailleurs.

Jaloux de ta liberté afin qu'elle demeure au centre de nos préoccupations, qu'on soit attentifs à son évolution, qu'on en fasse notre cheval de bataille permanent.

Quand on reste jaloux de sa liberté, on ne peut pas la brader pour s'en débarrasser.


Comme un soleil ton drapeau fier doit être.

Le drapeau. Il permet de dire : je suis camerounais. Il parle sans qu'on ait besoin de prononcer un seul mot. Il affiche des valeurs intrinsèques du Cameroun. La Paix, Le Travail, l'Unité dans la diversité. Il symbolise la République Unitaire Décentralisée.

Le drapeau du Cameroun est composé de trois couleurs. Le vert, le rouge et le jaune. Il est muni d'une étoile d'or sur le rouge.

Ce drapeau est un soleil qui brille partout, éclaire, réchauffe et apporte son énergie à tous sans filtre. C'est un soleil qui contient les couleurs panafricaines et l'étoile de l'unité nationale.

Le Vert-Rouge-Jaune est un drapeau tricolore fier du symbole qu'il représente. Le Vert de la forêt dense, le rouge du sang des martyrs, des résistants et des héros tombés sur le champ d’honneur ; le jaune de la flamboyance des filles et fils de ce pays confluent de plusieurs civilisations africaines. Forestières, fluviales, montagnardes et sahéliennes.


Un symbole ardent de foi et d'Unité.

Le drapeau est une étoffe colorée. Quelques couleurs imprimées sur un morceau de tissus. Ce n'est pas que cela. Bien plus, c'est le symbole ardent, c'est-à-dire plein d'énergie, vivant et vibrant de notre foi envers le Cameroun.

La foi pour cette terre qui nourrit son peuple, le protège, assure son épanouissement et lui garantit une place respectable dans le concert des Nations mondiales. La foi en un présent à vivre, à assumer, car bon ou mauvais, il est la matérialisation du travail des ancêtres et des anciens. La foi en un avenir pensé, imaginé, bâti et continuellement amélioré au bénéfice des filles et des fils de ce pays.

Le drapeau est un symbole ardent d'Unité. Partout où il s'affiche, on reconnaît un des siens. Un camerounais ou une camerounaise. Il est l'étoffe dont on se couvre tous ensemble, devenant le fil qui relie les uns aux autres, la toile sous laquelle on s'abrite du vent, de la poussière ou de la pluie. Le drapeau ne se déchire pas, il n'est pas un objet de division, il est la fibre qui entretient l'unité.


Que tous tes enfants du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest soient tout amour.

On est camerounais partout, où qu'on aille. On est partout chez soi au Cameroun.

Tous ceux qui se reconnaissent enfants de la famille Cameroun, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest ont en commun l'amour du pays. Le pays disent-ils d'ailleurs pour nommer leur terre. C'est un code public à travers lequel ils communiquent. Lorsqu'ils disent "le Cameroun", ça signifie qu'il y a peut-être un étranger à leur pays dans la communication.

Les camerounais sont Unis dans l'amour de leur pays et sont réunis par amour. L'amour de tous pour chacun et l'amour de chacun pour tous. C'est l'amour de l'Afrique en Miniature dans l'Afrique en Miniature, entre gens issus d'Afrique en Miniature. 


Te servir que ce soit leur seul but.

Un seul but: servir le Cameroun.

Se mettre au service du pays, car c'est la voie directe pour mieux vivre avec toutes et tous dans une Prospérité harmonieuse et durable.

Le camerounais ne sert pas son pays comme on sert un maître. Non. Il ne s'agit pas d'une relation d'asservissement. Le Cameroun sert son pays tel un citoyen qui bâtit sa maison. Il est au service de son pays pour le compte de son développement, le développement de sa famille, celui de ses concitoyens, le progrès de la cité nationale.

Servir sans asservir ni se servir. Le chant de ralliement est très clair sur ce point. Il y a un unique but : servir. Mettre le pays au centre de tous les intérêts, non pas pour l'exploiter ou pour en faire sa vache à lait. Mettre le pays au centre de tous les intérêts afin d'être un maillon fort de la chaîne de sa réussite. Pour être un maillon fort, il faut s'en donner les moyens. L'unicité du but permet de concentrer les efforts comme un concentrateur d'énergie qui recueille chaque photon et les associe tous ensemble pour en accroitre la puissance.


Pour remplir leur devoir toujours.

Quel est-il ce devoir à remplir ? C'est quoi ce devoir ? C'est un ensemble d'actions ou de réflexions au service du pays dans le but de le promouvoir, de défendre ses intérêts et de contribuer à sa prospérité. Le chant de ralliement demande que le devoir fût rempli toujours. Remplit et non exécuté à moitié ou au tiers.

Toujours, comme une action perpétuelle, pérenne. Remplir le devoir est une profession de foi pour le pays, un serment d'allégeance au service d'un symbole, le pays qui est une Miniature africaine et donc la terre de rencontre des africanités, les diversités africaines.

Le devoir au service de la Patrie devenant une seconde nature pour les camerounais. La preuve éclatante du leadership d'un pays de citoyens aux consciences matures.


Chère Patrie, Terre Chérie.

Le cœur parle ici. Il bat dans une relation d'amour entre nous et lui. Nous le peuple et lui la terre. Nous les citoyens et lui la patrie. La mère patrie. Il se pourrait qu'elle fût parfois amère, devenant l'amère patrie. Mais, nous savons changer l'amertume en délice exquis. Le plat national appelé ndolè en est la preuve éclatante avec sa saveur exaltante et son onctuosité épatante.

Chère Patrie, notre chère patrie, elle est très chère à nos cœurs qui battent la chamade lorsqu'on vibre pour elle. Les circonstances ne manquent pas. Celles pour lesquelles nous sommes géants prenant notre envol sur le Char des Dieux. Le Mont Cameroun, notre terre Chérie.

Les circonstances sont intellectuelles, quand l'un de ceux où celles issus d'ici brillent dans les agoras de la pensée innovante, profonde, inspirante. Elles sont sportives quand le Hemlé, l'énergie collective indéfectible d'ici, notre énergie vitale lutte et triomphe sur les terrains de jeu du monde. Les circonstances sont culturelles, lorsque les Manu Dibango mettent la joie dans les esprits en puisant dans les racines et la sève de nos multiples diversités extraordinaires.


Tu es notre seul et vrai bonheur, notre joie, notre vie.

Le Cameroun est-il le plus beau pays du monde ? Les plus analytiques demanderaient les critères de comparaison. Certains exigeraient que la beauté fût initialement définie au préalable.

En amour, ce qui compte n'est pas tenu dans un bloc de comptabilité. Ce qui compte est ressenti, éprouvé, perçu. Le Cameroun est le seul et vrai bonheur de celles et ceux qui l'aiment. Ils éprouvent le besoin de le lui dire, ils ressentent le vide de son absence s'ils s'en éloignent. Ils ont de la peine quand il est en peine et leur joie est intense quand il gagne. Le pays est leur seul et vrai bonheur. Il est leur joie, il donne du sens à leur vie.

Quel que soit leur nom, patriotes, républicains, enfants du Cameroun, ils ne justifient pas leur amour, car ils sont occupés à aimer. Ils sont occupés par l'amour de leur pays. Ils sont de plain-pied dans l'amour du pays.


A toi l'amour et le grand Honneur.

C'est le chant final, la phrase d'apothéose de l'hymne national. Les yeux sont tournés vers le symbole de la patrie, souvent le drapeau tricolore étoilé. Et l'amour vibre dans le cœur de celle où celui qui déclare sa flamme à l'Afrique en Miniature. Le serment est effectué et il ne reste plus qu'à vivre dans la perpétuation de cet amour, le respect du devoir d'honneur qui fait qu'on est grand parce qu'on voit son pays en grand et qu'on y contribue grandement.

-----------------------


La camerounité: caractère de ce qui est camerounais, qui appartient sans équivoque au Cameroun.


Le Chant de ralliement:

Ô Cameroun , berceau de nos ancêtres,

Va debout et jaloux de ta liberté.

Comme un soleil ton drapeau fier doit être

Un symbole ardent de foi et d'unité.

Que tous tes enfants du nord au sud,

de l'est à l'ouest soient tout amour,

Te servir que ce soit leur seul but,

Pour remplir leur devoir toujours.


Refrain :

Chère patrie, terre chérie,

Tu es notre seul et vrai bonheur,

notre joie et notre vie,

A toi l'amour et le grand honneur


Tu es la tombe où dorment nos pères,

Le jardin que nos aïeux ont cultivé.

Nous travaillons pour te rendre prospère.

Un beau jour enfin nous serons arrivés

De l'Afrique sois fidèle enfant,

Et progresse toujours en paix,

Espérant que tes jeunes enfants,

T'aimeront sans bornes à jamais.


Serge Mbarga Owona

Mathématicien, poète, écrivain.

vendredi 27 août 2021

Corruption à ciel ouvert.

Il fait beau ce mardi matin dans le quartier administratif de la capitale économique du Cameroun. Il fait beau à Bonanjo. Le soleil est haut dans le ciel bleu. Il ne fait pas encore trop chaud en ce mois d’août de la saison tropicale pluvieuse.


Quelle heure est-il ? Environ midi. Au bord de la route tapissée d'un goudron propre et noir foncé, des travailleurs viennent s'alimenter. Manger un morceau de pain rempli de morceaux de viande de bœuf mouillé de sauce pimentée ; déguster une délicieuse salade de fruit, ou un plat lourd de légumes succulents accompagnés de riz ou de manioc.


Dans un bureau de l'administration publique, une dame qui n'a pas encore pris sa pause mange un sandwich derrière un comptoir où des usagers viennent demander des renseignements ou effectuer des paiements divers. D'autres comptoirs sont vides dans ce grand espace où on entend le ronronnement rafraîchissant de la climatisation. Partout dans ce bureau propret, des tas de papiers et de dossiers sont éparpillés sur des armoires ouvertes, des tables encombrées et le sol carrelé où aucune trace de poussière n’est visible.


Trois usagers sont debout derrière un comptoir, attendant on ne sait qui, ou quoi. Ils sont patients et ne disent pas un mot. Ils sont concentrés à regarder les écrans de leurs smartphones sur lesquels doivent défiler des vidéos ou quelques faits divers hilarants.


Après quelques minutes d'attente, arrive un Monsieur, vieux quadragénaire qui rapidement s'adresse à un agent de l'Etat bourru, assis derrière un ordinateur et remplissant au stylo ce qu'il semble être des formulaires.


Le nouveau venu entre avec grande vivacité dans le bureau, puis il se place devant le comptoir en bois muni d’un verre transparent dans lequel une ouverture permet de communiquer. Il tient en main une liasse de documents qui semblent être des formulaires. Il s'adresse bruyamment à l'employé assis au fond du bureau dans un ton où se mêlent du désabusement, l'impatience et la volonté de conclure rapidement ce qu’il semble être une affaire d’importance.


  • Il ne répond pas au téléphone!

Dit l'usager en s'adressant à l'employé assis au fond du bureau.

  • Comment ça il ne répond pas?
  • Tu as appelé combien de fois?
  • Il faut en finir avec ça. Je n'ai plus le temps. Dit l'usager.


Cet échange est tenu pendant quelques secondes entre les deux protagonistes, l'usager du service public s'avançant rapidement vers le comptoir en fixant du regard l'agent de l'Etat. Arrivé devant le comptoir, le vieux quadragénaire sort une petite liasse de billets de banques qui sont aperçus par toutes personnes présentes dans le bureau et notamment l'employé lourdaud du fond de la salle.


En quelques secondes, les deux Messieurs se font face debout, séparés par le comptoir vitré, puis sans un mot dire, la petite liasse de billets change instantanément de propriétaire. Cet échange rapide n'échappe à personne dans le bureau. Personne n'en dit mot, puis l'agent du service public empoche la liasse de documents en main et retourne s'asseoir derrière son ordinateur, l'argent en poche.

Avec un petit sourire en bouche, le corrupteur déclara alors au corrompu :

  • Il faut accélérer les choses, car beaucoup d'argent est en jeu.

L'employé du service public, sans changer sa mine patibulaire absente, lui répond simplement sans changer le ton monocorde de sa voix de quinquagénaire qui en a déjà vu d’autres:

  • Je ne te garantis rien.

Le constat flagrant de cet acte de corruption entre deux citoyens majeurs et conscients étant fait, que faut-il en penser ? Y a-t-il quelque chose qui en puisse être pensé ? La question du comment est la plus simple à laquelle je puis répondre. Comment en arrive-t-on là?

Le corrupteur a banalisé un acte anormal qui a répondu à son besoin de voir une demande administrative connaître une évolution rapide et positive. Il a trouvé un interlocuteur qui lui a d’emblée semblé capable de répondre à son besoin en résolvant son problème. J'en conclus qu'il y a un problème fondamental de difficultés administratives entraînant la multiplication de ces actes illégaux qui brouillent les pistes permettant de répondre aisément et normalement aux besoins des citoyens dans leurs interactions avec le service public.


Comment résoudre ce problème grave? A mon avis, la transparence doit prévaloir dans la diffusion des procédures administratives. Il faut donc qu'elles soient toutes écrites d’abord. Qu’elles fussent donc écrites déjà, et que les usagers sachent où ils peuvent les consulter pour mieux en faire un usage utile. La digitalisation de ces procédures est l'étape supplémentaire. Digitaliser pour permettre aux usagers d'effectuer leurs démarches à distance, sans qu’ils doivent se déplacer. Ils gagneraient ainsi leur temps précieux et leur argent durement gagné.


Digitaliser, mais en offrant tout aussi la possibilité d'accéder à un service client de l'Etat disponible physiquement si on le souhaite. Un service capable de renseigner et d'aider rapidement avec toute la courtoisie nécessaire. Un interlocuteur d’Etat devenant plus service agréable que sévices pour l’usager qui en requiert le support, l’aide ou simplement la bonne information.

Il faut donc écrire, publier et si nécessaire améliorer les procédures, informer les usagers, éduquer autant les serviteurs d'Etat que les citoyens clients sur la nécessité d'un meilleur fonctionnement du service public au bénéfice de tous et en respectant les règles établies pour le bien de l’ensemble de la communauté.

L'information, la sensibilisation, l'éducation étant déjà en place, il faut dénoncer et réprimer les corrupteurs et leurs acolytes corrompus avec rudesse, sans faiblesse, ni répit.


Qui va dénoncer?

D'abord les témoins, ceux qui assistent aux actes de corruption. Leur garantir l'anonymat de la dénonciation, faciliter l’alerte sur le constat de corruption. Dénoncer, non parce qu'on va y gagner des points ou des rétributions financières. Mais dénoncer, car ceux qui brisent les règles cassent la société, installant le chaos des bandits entre les plus vicieux et les meilleurs brigands dans l'accomplissement des actes illégaux. Quand la cité est cassée, la normalité de l’honnêteté et les progrès qui en découlent sont piétinés par tous les lascars imbus d’avantages indus qui profitent à satiété de la destruction du bien-être commun.

La dénonciation est ensuite l’affaire des leaders, ceux qui sont responsables des structures, ceux qui doivent montrer les bons exemples, qui donnent parfois les ordres et doivent en suivre l’exécution. Ils sont chargés d'imprimer le rythme. C'est leur responsabilité, leur devoir devant l'histoire.


Que faisais-je un mardi matin dans le quartier administratif de Douala à Bonanjo ? J'essayais de procéder à l'enregistrement d'un fichier informatisé dans un serveur afin qu'il soit transmis à un autre serveur, tous deux dépendant du service public. Je n'ai pas réussi cet enregistrement, car semble-t-il, je n'étais pas au bon endroit, au bon moment.

Un usager très courtois à qui je demandai un renseignement ce matin-là me confia qu'il faudrait que je sois patient pour la réussite de l’enregistrement digital de mon fichier déjà informatisé. Je le remerciai et m'en allai continuer ma vie de vacancier en cette saison perpétuellement estivale où je contemple quelques beautés quelconques tout sourire, sous le soleil pluvieux de Douala.


Serge Mbarga Owona.

Mathématicien, poète, écrivain.

dimanche 15 août 2021

Cameroun: Bientôt 40 ans de développement (1982 – 2019)

 Le Cameroun obtient son indépendance le 1er Janvier 1960. A l’époque, c’est un pays peuplé de cinq millions d’habitants. Ses principales productions économiques sont agricoles : Cacao, Café, Coton, Banane, Bois précieux. L’exploration pétrolière débute en 1947. Vingt-cinq ans plus tard en 1972 les premières découvertes pétrolières commerciales sont effectuées dans le bassin de Rio Del Rey à l’est de la péninsule de Bakassi. 


Bassin du Rio Del Rey à l’est de la presqu’ile de Bakassi


Le Cameroun s’est-il développé pendant les quatre premières décennies de son indépendance ? Ce développement a-t-il été important au point d’en être suffisamment satisfait ? Voilà quelques questions auxquelles va répondre cet article non pas à l’aide de rhétoriques, d’opinions ou de convictions, mais à l’aide de données factuelles issues de sources sérieuses et rigoureuses, vérifiables par tout le monde.


Pour affirmer qu’un pays s’est développé ou pas pendant une période donnée, il faut analyser des indicateurs économiques standards pendant cette période. J’en ai choisi cinq qui sont :


  1. Le nombre d’habitants
  2. L’évolution du taux de mortalité infantile
  3. L’espérance de vie à la naissance
  4. Le Produit Intérieur Brut
  5. L’indice de Développement humain


Pour apprécier l’importance d’un développement, il faut pouvoir le comparer avec celui d’autres pays au cours de la même période. J’en ai choisi quatre autres :

  • La Côte d’Ivoire
  • Le Ghana
  • Le Kenya
  • La Tanzanie

Parmi les quatre pays choisis pour comparer leur développement à celui du Cameroun depuis 1982, il y a un pays francophone et trois pays anglophones. Le pays francophone choisi, la Cote d’Ivoire est celui qui se rapproche le plus du Cameroun en termes de nombre d’habitants, de structures économique avec notamment une production agricole basée sur des cultures de base destinées à l’exportation notamment le Cacao et le Café. C’est un pays d’Afrique de l’Ouest appartenant à l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine). Sa monnaie est le Franc CFA (Franc de la Communauté Financière Africaine).

Le Ghana est un pays anglophone d’Afrique de l’Ouest qui est choisi pour sa taille en termes de population pas très éloignée de celle du Cameroun, pour sa stabilité politique, pour son dynamisme économique marqué notamment par la possession d’une monnaie nationale, le Cédi.

Le Kenya et la Tanzanie sont deux autres pays anglophones dont la population est beaucoup plus importante. Ils sont choisis comme éléments de comparaison avec le Cameroun grâce à leur stabilité politique, leur dynamisme économique et leur localisation géographique en Afrique de l’Est. La monnaie nationale du Kenya est le Shilling Kenyan et celle de la Tanzanie est le Shilling Tanzanien.


I. Le nombre d’habitants du Cameroun entre 1982 et 2019.

Cet indicateur est utilisé pour donner un ordre d’idée sur la population camerounaise, car c’est elle qui constitue la force vive responsable du développement du pays. Puisque ce sont d’abord les camerounais qui développent leur pays, il est important de connaître combien ils étaient en 1982 et combien ils sont en 2019. C’est un indicateur qui est également important, car il permet de comparer l’évolution de la population camerounaise avec celle de pays dont la population est d’un volume non pas égal, mais similaire. Ni trop inférieur, ni exagérément supérieur.

En 1982, il y avait environ 9 millions de camerounais, la population du pays a quasiment triplé en près de 40 ans, atteignant aux alentours de 26 millions d’habitants en 2019.

Dans le graphique ci-dessous, on voit que le nombre d’habitants du Cameroun et celui de la Côte d’Ivoire sont pratiquement confondus, tandis que la population du Ghana et surtout celles du Kenya et de la Tanzanie sont largement supérieures à celles du Cameroun.

En 2019, il y a environ 26 millions de camerounais, 26 millions d’ivoiriens, 31 millions de ghanéens, 53 millions de kenyans et 58 millions de tanzaniens.


II. L’évolution du Taux de Mortalité Infantile du Cameroun entre 1982 et 2019.

Le Taux de mortalité est un chiffre qui indique le nombre d’enfants qui meurent avant l’âge de 5 ans sur un ensemble donné de 1000 enfants naissant dans un pays.

  • En 1982, sur un échantillon de mille enfants qui naissaient au Cameroun, 113 mourraient avant d’atteindre l’âge de 5 ans. En 2019, sur 1000 enfants qui naissent, 50 meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans.
  • En 1982, sur un échantillon de mille enfants qui naissaient en Côte d’Ivoire, 111 mourraient avant d’atteindre l’âge de 5 ans. En 2019, sur 1000 enfants qui naissent en Côte d’Ivoire, 58 meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans.

Tableau comparatif des taux de mortalité infantile en 1982 et 37 ans plus tard au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie.


Les cinq pays de notre tableau comparatif ont réduit la mortalité des enfants de moins de 5 ans entre 1982 et 2019.

Sur la liste des 5 pays, le Cameroun avec 56% de réduction de la mortalité infantile occupe la 3e place derrière le Ghana (67%) et la Tanzanie (66%). Il réalise une meilleure performance que le Kenya (53%) et le côte d’Ivoire (48%).

En résumé sur la lutte contre la mortalité infantile entre 1982 et 2019, nous avons le classement suivant:

  1. Ghana
  2. Tanzanie
  3. Cameroun
  4. Kenya
  5. Côte d’Ivoire

Tableau montrant l’évolution annuelle des Taux de mortalité Infantile au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie de 1982 à 2018.


Ce graphique nous montre que le Kenya a toujours eu une Mortalité infantile faible comparé aux quatre autres pays. Cette mortalité a augmenté de 1988 à 1992, mais à partir de 1993, elle diminue régulièrement.

Le Ghana a une mortalité infantile qui diminue régulièrement et on note qu’en 1989, alors que la mortalité infantile diminue au Ghana, elle augmente régulièrement au Cameroun de 1991 à 1997. A partir de 1998, la mortalité infantile recommence à diminuer au Cameroun. La diminution s’est accélérée entre 2010 et 2019 avec des taux compris entre 3% et 4% alors que précédemment, elle était entre 1% et 2% en moyenne.

La Tanzanie réalise une performance remarquable par rapport au Cameroun en obtenant une meilleure baisse de sa mortalité infantile à partir de 1997, tandis que celle du Cameroun stagne. De 1997 à 2019, la mortalité infantile baisse en moyenne de 4% en Tanzanie, pendant que la baisse n’est que de 3% au Cameroun.

III. L’espérance de vie à la naissance au Cameroun de 1982 à 2019.

L’espérance de vie dans un pays est la durée moyenne de la vie des habitants de ce pays. L’espérance de vie dépend de plusieurs facteurs, l’alimentation, l’activité sportive, la qualité du système de santé, l’équilibre psychologique des individus. Elle est une des expressions de l’amélioration de la qualité de la vie dans un pays. Dans les pays où les individus vivent mieux, ils vivent aussi plus longtemps.

Tableau comparatif de l’espérance de vie en 1982 et 36 ans plus tard en 2018 au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie.


Les cinq pays de notre tableau comparatif ont allongé l’espérance de vie de leurs habitants entre 1982 et 2019.

Au Cameroun, l’espérance de vie a été rallongé de 6 ans, il en a été pareil en Côte d’Ivoire. Au Ghana, l’espérance de vie a été rallongée de 11 ans ; 8 ans au Kenya et 15 ans en Tanzanie.

Sur la liste des 5 pays, le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont ceux qui réalisent la moins bonne performance sur le rallongement de l’espérance de vie de leurs habitants. Dans ces deux pays, les habitants n’ont gagné de 6 ans de vie en entre 1982 et 2018.

La Tanzanie est le pays qui réalise la meilleure performance, car sur la même période, les tanzaniens ont gagné 15 années de vie supplémentaire.

En résumé sur le rallongement de l’espérance de vie entre 1982 et 2018, nous avons le classement suivant :

  1. Tanzanie (15 ans)
  2. Ghana (11 ans)
  3. Kenya (8 ans)
  4. Cameroun (6 ans)
  5. Côte d’Ivoire (6 ans)

Dans l’analyse de l’indicateur sur l’espérance de vie, il y a certes la performance sur la rallonge, mais il y a aussi la durée absolue de l’espérance de vie dans chacun de ces pays en 2018. Cet autre regard sur l’espérance de vie donne le classement suivant :

  1. Kenya (66 ans)
  2. Tanzanie (65 ans)
  3. Ghana (63 ans)
  4. Cameroun (58 ans)
  5. Côte d’Ivoire (57 ans)

Tableau montrant l’évolution annuelle des Espérances de vie au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie de 1982 à 2018.

 


Sur ce tableau, on remarque que l’Espérance de vie au Cameroun était supérieure à celle de la Tanzanie jusqu’en 1999 et en 19 ans, la Tanzanie a gagné 14 points d’Espérance de vie, pendant que le Cameroun n’en gagnait que 8.

IV. L’évolution du Produit Intérieur Brut du Cameroun de 1982 à 2019.

Le PIB (Produit Intérieur Brut) est un indicateur économique qui mesure la valeur de l'ensemble des biens et services produits sur le territoire d'un pays donné au cours d'une période donnée quelle que soit la nationalité des producteurs présents sur ce territoire.

Les biens peuvent être des ressources minières, des ressources agricoles, des machines-outils, etc. Les services peuvent être des offres de télécommunication, des services éducatifs, hospitaliers, administratifs, des services à la personne (agent d’entretien, aide-ménagère, …) etc.

Dans cet article, la période de référence considérée pour la mesure du PIB est l’année.

Tableau comparatif des PIB par habitants exprimés en dollars en 1982 et 37 ans plus tard en 2019 au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie.

Comparé à la Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et à la Tanzanie, le Cameroun a effectué la moins bonne performance sur la création des richesses rapportée à l’évolution de la population camerounaise entre 1982 et 2019.

Que ce soit en valeur absolue lorsqu’on fait la différence entre les richesses moyennes de chaque habitant en 2019 et les richesses en 1982, ou en valeur relative pour exprimer le pourcentage d’évolution du PIB entre 1982 et 2019, le Cameroun a également effectué la moins bonne performance, comparé aux 4 autres pays.

Sur le graphique ci-dessous montrant l’évolution des PIB des 5 pays (Cameroun, Cote d’Ivoire, Ghana, Kenya et Tanzanie), on note que jusqu’à 2009, le Cameroun avait le PIB par habitant le plus élevé avec une valeur de 1315 dollars. Mais à partir de 2010, ce PIB décroit fortement.

En rapprochant cette évolution des PIB par habitants avec la production Pétrolière du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, on remarque qu’après son pic de production pétrolière en 1985 (185 millions de barils), la production du Cameroun baisse inexorablement d’années en années.

En 2010, le PIB par habitant du Ghana (1299 dollars) devient légèrement supérieur à celui du Cameroun (1287 dollars) et en 2011, avec le pic de croissance de la production pétrolière au Ghana (de 7 à 77 millions de barils entre 2010 et 2011), son PIB devient très largement supérieur à celui du Cameroun (1549 dollars pour le Ghana et 1405 dollars pour le Cameroun).

En 2014, le PIB par habitant de la Côte d’Ivoire (1561 dollars) devient supérieur à celui du Cameroun (1543 dollars). En 2014, la production de pétrole de la Côte d’Ivoire est régulière autour de 36 millions de barils par an, soit un peu moins que la production pétrolière du Cameroun (75 millions de barils).

En 2015, le PIB par habitant du Kenya (1337 dollars) devient supérieur à celui du Cameroun (1328 dollars). Le Kenya a une croissance régulière de son PIB depuis 2008. Cette croissance régulière s’accélère légèrement entre 2010 et 2019, atteignant une valeur moyenne de 7% pendant que dans la même période, la croissance du PIB du Cameroun est de 2% en moyenne.

 


De 2010 à 2019, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Kenya et la Tanzanie ont respectivement des taux de croissance de leurs PIB égaux à 9%, 7%, 7% et 5%. Dans le même temps, la croissance moyenne du PIB du Cameroun est égale à 2%.

Le Ghana et la Cote d’Ivoire ont bénéficié du développement de leur secteur pétrolier pendant que celui du Cameroun est en décroissance constante. Quant au kenya et à la Tanzanie, ils ont su développer la croissance de leurs PIB, en les maintenant solides et réguliers entre 2010 et 2019.

Le PIB du Cameroun a connu plusieurs fluctuations qui s’expliquent par de nombreux évènements : dévaluation du FCFA en 1994. Décrochage en 2010 à la suite de la crise financière de 2008, guerre contre Boko Haram depuis 2014, entraînant une baisse du PIB en 2015. Le graphique ci-dessous montre les différentes fluctuations du PIB camerounais :


De 1982 à 2011, le Cameroun a maintenu le PIB par habitant le plus élevé (1315 dollars), comparé à ceux de la Côte d’Ivoire (1215 dollars), du Ghana (1078 dollars), du Kenya (905 dollars) et de la Tanzanie (695 dollars).

Globalement sur la période 1982 – 2019, le Cameroun a effectué la moins bonne performance de la croissance du PIB par habitant tant en valeur absolue qu’en valeur relative.

Chiffres des performances du PIB par habitant en valeur absolue en 1982 et 2019 :

  1. Ghana (1856 dollars)
  2. Kenya (1454)
  3. Côte d’Ivoire (1413)
  4. Tanzanie (900)
  5. Cameroun (708)

Chiffres des performances de la croissance du PIB par habitant entre 1982 et 2019 :

  1. Ghana (536%)
  2. Tanzanie (405%)
  3. Kenya (401%)
  4. Côte d’Ivoire (164%)
  5. Cameroun (89%)

Chiffres de la valeur du PIB par habitant en 2019 :

  1. Côte d’Ivoire (2276 dollars)
  2. Ghana (2202 dollars)
  3. Kenya (1817 dollars)
  4. Cameroun (1507 dollars)
  5. Tanzanie (1122 dollars)


V. L’évolution de l’Indice de Développement Humain du Cameroun entre 1982 et 2019.

L’Indice de Développement Humain (IDH) est un indicateur qui permet de mesurer la qualité de vie moyenne de la population d’un pays. Cet indice va de 0 à 1. La valeur 1 signifie que la qualité de vie est idéale dans un pays. L’IDH tient compte de trois composantes du développement humain :

  • La possibilité d’avoir une vie longue et en bonne santé grâce à la mesure de l’espérance de vie à la naissance.
  • Le niveau de scolarisation en prenant en compte le taux d’analphabétisme et l’accès des élèves aux différents niveaux du système scolaire (Primaire, secondaire, universitaire).
  • Le standard de vie calculé à partir du Produit Intérieur Brut et en tenant compte de la parité du Pouvoir d’Achat.

Tableau comparatif des valeurs de l’Indice de développement humain en 1985 et 32 ans plus tard en 2017 au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie.


Evolution annuelle des indices de développement humains du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Kenya et de la Tanzanie de 1985 à 2017

 


Ce graphique montre que le Cameroun a une progression régulière de son IDH derrières ceux du Ghana et du Kenya. Les valeurs de l’IDH de la Tanzanie suivent la même tendance croissante que celles du Cameroun, alors que la Côte d’Ivoire a un IDH qui évolue de façon moins affirmée comparé à ceux des quatre autres pays indiqués dans le graphique.

Un zoom sur l’évolution de l’IDH du Cameroun montre que les conditions de vie s’améliorent au Cameroun depuis 1982.

Après une baisse de son IDH entre 1990 et 1994, le Cameroun poursuit l’amélioration des conditions de vie de ses habitants, la scolarisation des jeunes et le développement de son économie.

Chiffres des performances de l’IDH en 2017 :

  1. Ghana (0592)
  2. Kenya (0590)
  3. Cameroun (0556)
  4. Tanzanie (0538)
  5. Côte d’Ivoire (0492)

En analysant la croissance de la Population du Cameroun, l’évolution du taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans, l’espérance de vie à la naissance, le Produit Intérieur Brut (PIB) et l’Indice de développement Humain (IDH) entre dans la période comprise globalement entre 1082 et 2019 on obtient les valeurs rigoureuses suivantes :

En comparant les performances du Cameroun à celles de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Kenya et de la Tanzanie sur la même période, on obtient les positions ci-dessous :


Sur la base des valeurs ci-dessus, le classement des pays les plus performants dans la conduite de leur développement pour la période débutant en 1982 et s’étendant jusqu'en 2019 est le suivant :

  1. Ghana
  2. Kenya
  3. Tanzanie
  4. Cameroun
  5. Côte d’Ivoire

Sources de données:


Serge Mbarga Owona

Mathématicien, Poète, Ecrivain.

Chef de Département Produits et Services Télécoms

mardi 20 juillet 2021

Bakassi: Le récit d'une victoire camerounaise

Le 21 décembre 1993, les troupes nigérianes prennent l'initiative de franchir la frontière camerounaise sous le prétexte de protéger leurs ressortissants qu'elles estiment menacés dans la péninsule de Bakassi par les « gendarmes » camerounais.

Ces forces armées nigérianes constituées de 2000 à 3000 hommes trouvent sur le territoire escompté une escouade camerounaise faite d'environ 40 hommes (30 éléments de la marine nationale, quelques gendarme et policiers) qui assuraient la mission d'intégrité territoriale en poste avancé et dont le Poste de Commandement se situait à Idabato I en décembre 1993. 

Ces forces camerounaises, face à cette attaque surprise et le surnombre des troupes nigérianes, vont tout de même essayer de repousser les assaillants. 

Déjà à l'intérieur du territoire camerounais, les forces nigérianes vont occuper au 21 janvier 1994 les localités de :

- Kombo A Bedimo et Inokoi (Bakassi Point)

- Jabane I et II (Sandy point)

- Diamond 


Décidées à rallier le territoire nigérian à la rive sud du Rio Del Rey, les forces nigérianes vont multiplier les offensives et vont s'emparer en février 1994 de la localité d'Akwa (Archibong). Pendant ce temps, les forces camerounaises essayent de se mobiliser (Opération Delta). Et au cours de leur attaque sur la localité de Kombo A Janea, elles seront repoussées par le GOS en poste avancé. Cette riposte camerounaise sera considérée par le gouvernement nigérian comme « une déclaration de guerre », ce qui entraînera plus tard une intensification des hostilités.

Du 2 au 7 février 1996, les troupes nigérianes investissent plus en profondeur en territoire camerounais (15 Km vers l'est). C'était une attaque en force sur toute l'étendue de la presqu'île, des tirs à armes lourdes qui pilonnaient au sol les forces camerounaises. Cette offensive leur a permis d'occuper les localités telles que :

- Sous-préfecture d'Idabato I,

- Idabato II,

- Kombo Awase,

- Kombo A Munja I et II,

- Guidi-Guidi,

- Uzama (MINDEF 1996 : 2).


Au cours de cette attaque, le Cameroun va perdre une centaine d'hommes environ et près de 120 seront faits « prisonniers de guerre », malgré la non déclaration officielle de guerre du gouvernement nigérian comme du gouvernement camerounais. Cette attaque massive nigériane de 1996 (artillerie à bloc) va leur permettre d'occuper les 3/5e de la presqu'île querellée.

Cette escalade périlleuse va amener les forces camerounaises à se réinventer d'autant plus qu'il ne leur restait plus que les 2/3 du territoire sauvegardé par leur courage. 

A cet effet, les autorités camerounaises vont armer leurs forces de 30 vedettes appelées « Sweep Ship ». C'était des petits bateaux américains pouvant contenir 10 à 12 personnes à bord et équipés de 4 mitrailleuses (2 lourdes et 2 légères) Ces vedettes étaient le matériel indiqué pour le combat dans la mangrove qui recouvrait la presqu'île. Ces engins étaient destinés à permettre la mobilité des forces camerounaises contrairement aux frégates nigérianes qui ne pouvaient pas circuler dans la mangrove. 

Nanties de ce matériel d'appoint, les forces camerounaises dirigées par le Capitaine de vaisseau Oyono Mveng, commandant de l'Opération Delta, vont organiser une contre-attaque en mars 1996. Cette contre-attaque surprise va leur permettre de récupérer certaines localités à la suite de lourdes pertes nigérianes, environ 2000 hommes tués, des bâtiments de guerre détruits (Jonathan). Au-delà de ces pertes en vies humaines, près de 150 soldats nigérians seront faits prisonniers de guerre par le Cameroun, parmi lesquels 4 officiers. 

Cet équipement spécifique va permettre aux forces camerounaises de maintenir les forces nigérianes dans leurs retranchements. Les positions occupées par les deux camps resteront comme telles jusqu'au dénouement diplomatique d'octobre 2002 au mépris des mesures conservatoires indiquées à l'attention des deux gouvernements par l'ordonnance du 15 mars 1996 de la CIJ à la Haye et de la demande adressée par les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies le 29 février 1996, pour le cessez-le-feu et le retour des troupes des deux parties à leurs positions initiales.

Cette lourde perte nigériane (une semaine à repêcher les corps) a semé le doute dans leurs rangs, raison pour laquelle elles n'ont plus organisé d'offensives de grande envergure.

La Guerre étant le langage des armes, il est tout naturel qu'on s'attende à un bilan en terme de pertes de vies humaines et des dégâts matériels. Mais la guerre de Bakassi a été une guerre qui n'a pas dit son nom, voire une guerre inavouée par les gouvernements belligérants. Les deux gouvernements n'ont pas partagé avec leurs peuples respectifs la situation de guerre qu'ils vivaient de peur de l'étendre aux civils. Le gouvernement camerounais a géré cette guerre en toute intimité, certainement pour la sécurité de la forte communauté nigériane vivant sur son territoire.


Sur le plan humain, le Cameroun a perdu environ 200 à 300 hommes sans compter les disparus à l'instar du médecin porté disparu à la suite d'un accident d'hélicoptère. Le Nigeria quant à lui a perdu environ 3000 à 4000 hommes dans cette guerre. Le bilan nigérian le plus lourd a été enregistré lors de la riposte camerounaise en mars 1996 à Kombo A Janea (2000 morts environ). A coté de ces pertes en vie humaine, on peut ajouter les prisonniers de guerre qui ont été libérés à la suite de l'échange organisé à Yaoundé en juin 2006 par les deux gouvernements sous l'égide de la Croix Rouge Internationale. Le Cameroun a libéré environ 150 prisonniers nigérians parmi lesquels le corps du Capitaine FOUTOUMBE, mort en captivité à Yaoundé. Le Nigeria à son tour en a libéré environ 120 parmi lesquels deux corps des sous officiers rapatriés.


Sur le plan matériel, le Cameroun a perdu trois (03) hélicoptères (deux sont tombés en mer, un a été emporté par un tourbillon marin et est allé tomber à 500 mètres de la côte et à 300 mètres de profondeur de la mer) ; un sweep Ship ; beaucoup d'armes et de munitions lors de la prise d'Idabato I et II par les forces nigérianes en février 1996. 

Le Nigeria quant à lui a perdu trois bâtiments de guerre parmi lesquels le « JONATHAN » détruit par les fusiliers marins commandos camerounais encore appelés « hommes grenouilles» ; beaucoup d'armes et de munitions abandonnées lors de la riposte camerounaise de mars 1996. 

Le Nigeria a mobilisé pour cette guerre environ 10000 hommes de formation au rabais (45 jours environ de formation) et beaucoup de moyens mal organisés. Le Cameroun de son coté a présenté 2000 hommes environ, nantis d'une formation de haute facture (deux ans) et des moyens limités, mais spécifiques, c'est-à-dire adaptés pour le combat dans la mangrove.

Le Nigeria était assez équipé pour la parade, mais manquait d'équipement de combat dans la mangrove au début de la guerre. Le Général de Corps d'Armée René Claude Meka était le commandant des troupes camerounaises. Cet officier formé à l'école militaire française spéciale de Saint-Cyr en 1962 et à l'école de l'infanterie de Saint-Maixent en 1963 est l'actuel Chef d'état-major des forces armée camerounaises.


Quelques Liens utiles:

Audience Publique de la Cour Internationale de Justice de la Haye

Page facebook Chance Lion

E.C Messinga: Les forces armées camerounaises face aux enjeux militaires dans le golfe de Guinée: le cas du conflit de Bakassi

Invitation de l'armée du Nigéria au défilé du 20 Mai 2018 à Yaoundé.


lundi 5 juillet 2021

Une affaire très bizarre : l'histoire à la Kafka d'une saisie de voiture.

 

L'objectif de ce récit est de témoigner d’une situation désagréable qui m’est arrivée. Partager cette mauvaise expérience surprenante, afin qu’elle soit, si possible, utile à d’autres.

 

L’affaire :

Samedi 13 février 2021, mon véhicule est saisi par la Douane à Douala. Il s’agit d’un véhicule de seconde main acheté 3 ans plus tôt en 2018. J’ai acheté cette voiture au lieu de vente appelé Hôtel du Ndé, bien connu à Douala.

 

Flashback :

À l'achat de cette voiture de marque Hyundai Santa Fé, elle est déjà immatriculée et l’ancien propriétaire roulait normalement avec elle à Douala. La voiture possède donc une immatriculation et une carte grise parfaitement conformes.

 

À la suite de l’achat du véhicule en 2018, le vendeur et moi avions établi un certificat de vente légal dans un commissariat, puis le vendeur me proposa de lui donner un peu d’argent en plus afin qu’il me facilite la mutation de la carte grise. Salarié et n’ayant pas beaucoup de temps en semaine, j’acceptai que le vendeur me fasse la mutation de la carte grise. Il me remit la carte grise mutée en mon nom au bout de 2 semaines.

La vente était bouclée : j'étais propriétaire d'une voiture immatriculée et munie de tous les documents légaux.

 

La saisie :

Le 13 Février 2021 à Akwa, ma voiture est saisie lors d’un contrôle des Douanes. Les douaniers me stoppent, un samedi, je m’arrête, puis ils me demandent ma carte grise. Je la leur remets. Un agent tape un code sur son téléphone et m’annonce que mon véhicule n’est pas enregistré dans la plateforme de dédouanement. Je crois d’abord que c’est une blague. Je réponds au douanier que ce n’est pas possible, mais ça l’est malheureusement. Trente minutes plus tard, ma voiture sera saisie, immobilisée par un sabot clouté dans le parking des douanes. Je deviendrai subitement piéton.

 

Dans le service des douanes, j’essayerai de donner des explications aux douaniers en plaidant ma bonne foi, en disant que j’avais acheté une voiture déjà immatriculée et que je ne l’avais donc pas importée, rien n’y fera. Ce même samedi après-midi-là, J’appelle mes amis susceptibles de m’aider à sortir de ce problème incroyable, personne n’arrivera à me trouver une solution immédiate. Mon téléphone s’est plutôt déchargé à force de passer des coups de fil. Sur le coup, j’ai vécu un moment incroyablement frustrant.

 

La première leçon que je voudrais partager ici est celle de la prudence. Je me croyais en règle alors qu’en fait, il y avait quelque chose que j’ignorais totalement. Il ne suffit pas de posséder une carte grise en son nom et un véhicule immatriculé pour être en règle. Je l’apprenais à mes dépens ce samedi 13 février 2021.

 

Recherches à la Délégation Régionale des Transports du Littoral.

La semaine qui a suivi la saisie de ma voiture, je me suis rendu au Ministère des Transports. Plus précisément à la Délégation Régionale des Transports du Littoral à Douala. J’y suis allé, car je voulais retrouver le dossier qui fut utilisé par le vendeur pour effectuer la mutation de la carte grise de ma voiture.

 

Une fois rendu à la Délégation Régionale des Transports, un fonctionnaire m’oriente vers le service des archives. J’expose mon problème, puis on me demande de payer des droits de fouille. Je paye ces droits, puis l’agent en charge des archives me demande de laisser mon numéro de téléphone, promettant de m’appeler dans la même journée.

 

Une journée entière s’étant déroulée sans que je reçoive l’appel du bureau des archives. Je repars donc à la Délégation Régionale des Transports. Le chef de bureau m’avoue alors qu’ils ne retrouvaient pas le dossier souche de la mutation de mon véhicule. Je suis complètement abasourdi !

 

Grâce à l’aide d’un commissaire de police en service à Douala, je pourrai rencontrer le Délégué Régional des Transports du Littoral. Je lui expose mon problème et il entame des recherches, afin de comprendre ce qu’il s’était passé lors de la Mutation de la Carte Grise de mon véhicule dans ses services. Les recherches entreprises par le Délégué n’ont fourni aucun résultat positif. Il semble que la première immatriculation de mon véhicule était bien enregistrée dans le système informatique du ministère des transports, ainsi que la deuxième immatriculation. Mon véhicule était donc bien relié à une carte grise parfaitement conforme, mais il n’y avait aucune trace de son dédouanement nulle part.

Dès que j’ai obtenu la confirmation qu’il n’y avait aucun dossier de dédouanement de ma voiture, je suis retourné aux Douanes afin de faire le compte rendu de ma recherche et de demander comment je pourrais récupérer ma voiture toujours saisie. Dans le bureau des Douanes, on m’a établi le montant à payer. Il s’élevait à 8 millions de FCFA. J’ai abandonné toute envie de récupérer ma voiture et je me suis tourné vers le vendeur.

 

Plainte au commissariat contre le vendeur.

Le 18 février, je dépose une plainte dans un commissariat à Douala contre le vendeur et l’importateur de la voiture. Il s’agit d’une plainte pour fraude, escroquerie et abus de confiance. Quelques jours plus tard, le vendeur est interpellé par la police et une enquête menée par le commissariat de police. Cette enquête durera environ un mois, puis le dossier d’enquête sera transmis au parquet. Le vendeur payera une caution au parquet afin de comparaître libre au procès.

La première audience du procès s’est déroulée au mois d’Avril. Deux autres audiences ont eu lieu en Mai et en Juin. Un procureur de la république s’occupe de mon dossier. Quant au vendeur, il a plaidé non coupable devant le juge et a pris un avocat. Le vendeur aurait aussi déposé une plainte contre l’importateur, mais ce dernier semble introuvable jusqu’à présent.

 

Les remises de la Douane.

La privation de mon véhicule ayant un impact négatif sur mon transport quotidien pour me rendre au travail, j’ai sollicité une clémence des services de douane, afin de bénéficier d’une réduction des frais à payer pour récupérer ma voiture.

Grâce à des amis qui m’ont aidé à plaider ma bonne foi auprès des services des douanes, j’ai bénéficié d’une réduction des frais. On m’a de ce fait fixé un nouveau montant du dédouanement, plus une amende pour une valeur totale de 3 millions de FCFA.

Quand j’ai pu réunir l’argent requis pour le dédouanement, j’ai payé et la douane m’a remis les reçus nécessaires. Lors du paiement des frais de douanes, il y a un montant forfaitaire de dix mille francs CFA à payer pour le dépôt de la taxe de dédouanement dans un compte à la banque. Il ne me souvient pas avoir reçu une attestation pour ce paiement forfaitaire.

Le sabot d’immobilisation de ma voiture a été retiré et j’ai récupéré mon bien. Le véhicule étant resté garé dans la cour du bureau des douanes pendant quatre mois, je l’ai malheureusement récupéré dans un mauvais état, à cause des détériorations entraînées par les intempéries et la longue immobilisation.

 

L’épilogue bizarre.

Le jour où j’ai payé mes frais de Douane pour récupérer ma voiture, un reçu m’a été remis, la voiture a été remise en état de rouler par un garagiste, puis je suis parti. Une heure plus tard, le bureau des douanes m’a appelé, m’informant que mon Numéro Identifiant Unique n’est pas enregistré et en conséquence, que mon paiement ne peut être validé. Le numéro Identifiant Unique est un numéro que tout contribuable doit avoir au Cameroun lorsqu’il paye ses impôts et taxes. L’Etat donne désormais la possibilité aux citoyens de créer ce numéro sur le portail Internet de la Direction Générale des Impôts. Je possède bien un Numéro d’Identifiant Unique que j’ai créé et utilise depuis plus d’un an.

 

Quelques jours plus tard, je me suis rendu dans un service des impôts à Douala, où un fonctionnaire m’a confirmé que mon Numéro Identifiant Unique est bien actif dans le système des impôts. J’ai ensuite appelé le bureau des douanes pour faire part de mon incompréhension. Un fonctionnaire des douanes m’a alors informé que mon paiement n’est pas finalisé, car mon Numéro Identifiant Unique doit également être enregistré auprès des Douanes. C’est donc une procédure interne dans les services des douanes.

C’est très surprenant que l’usager qui a déjà un numéro de contribuable actif aux impôts et qui paye ses droits de douane, doive encore aller dans un service des douanes pour faire enregistrer son numéro de contribuable.

En attendant, malgré des frais de douane payés pour une voiture achetée à crédit en seconde main déjà immatriculée au Cameroun et malgré un procès en cours contre le vendeur et l’importateur, je dois encore me rendre à la direction des douanes à Douala afin de faire enregistrer le numéro de contribuable qui permettra à l’Etat de collecter mes frais de douanes.

Pendant ce temps, mon véhicule n’est toujours pas enregistré dans la plateforme de dédouanement. Affaire bien bizarre.

 

Serge Mbarga Owona

Mathématicien, écrivain, professionnel des télécommunications.

 

 Quelques liens de services publics utiles :

 Comment vérifier que son véhicule a payé les frais de douane : www.portran.cm

 Comment créer son identifiant fiscal (NIU): https://teledeclaration-dgi.cm

lundi 22 février 2021

Complexe sportif d’Olembe au Cameroun : comment y générer des revenus ?

 Objectif de l’article :

Comme indiqué dans le titre, l’objectif de cet article est de montrer à l’aide du Modèle de Revenus (Revenues Model en anglais), un outil marketing de cadrage d’une activité, comment l’Etat du Cameroun peut générer des revenus grâce au complexe multisport d’Olembe.

Le modèle de revenus remplit plusieurs rôles en montrant :

  • Les dépenses d’investissement et celles qui sont opérationnelles par exemple l’entretien des infrastructures, les salaires du personnel.
  • Les différents services concourant à la génération des revenus
  • Les tarifs des activités
  •  Les délais de rentabilité

Il s’appuie sur des hypothèses qui constituent le champ ou le cadre d’action du gestionnaire en charge de la création de la valeur. Les hypothèses sont élaborées en tenant compte des ressources financières disponibles, des prévisions de croissance du secteur d’activité, des incitations au dynamisme de l’activité entraînées par les stratégies de Marketing et de Communication.

Le modèle de revenus est un outil puissant et flexible qui autorise d’ajuster les hypothèses afin d’augmenter ou de diminuer les objectifs de l’activité en tenant compte des réalisations concrètes (revenus, affluence sur le site, conjoncture économique, pouvoir d’achat des consommateurs…).

 

Rappel chronologique des faits :

Le 16 Février 2021, le président de la République du Cameroun Paul Biya a signé un décret habilitant le Ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à emprunter 55 milliards de FCFA auprès de deux banques pour l’achèvement des travaux du Complexe Sportif d’Olembe situé dans la périphérie Nord de la Capitale du Cameroun Yaoundé.

Ce décret est disponible sur le site Internet de la Présidence de la République à l’adresse suivante : PRC

Le journal Cameroon Tribune du 28 Décembre 2016 indique que le Ministre des Finance du Cameroun a signé un accord avec une banque camerounaise pour le financement de la construction du Complexe Sportif d’Olembé à hauteur de 15%, soit un montant de 24, 5 milliards de FCFA. Dans le même article, il est écrit qu’une banque italienne fournira le reste du financement d’un montant de 139 milliards de FCFA. En 2016, le financement global du Complexe Sportif d’Olembe est donc évalué à 163, 5 milliards de FCFA.

L’article de Cameroon Tribune est disponible à l’adresse suivante : Cameroon Tribune

La construction du Complexe Sportif d’Olembe est confiée à l’entreprise italienne PICCINI en 2016 et les travaux démarrent le 07 Mars 2017. Ils sont prévus pour durer deux ans et 6 mois. Le site Internet du Premier Ministère apporte des précisions sur les modalités pratiques de démarrage desdits travaux. Ces informations sont disponibles sur Internet à l’adresse : Premier Ministère

Sur son site Internet, l’entreprise PICCINI indique les infrastructures constituant le Complexe Sportif d’Olembe : un stade couvert de 60 mille places, deux stades d’entraînement de 1000 places chacun, un gymnase, handball, basket-ball, tennis, une piscine olympique, un hôtel 5 étoiles de 70 chambres, un centre commercial, un musée et un cinéma. Ces informations sont disponibles ici : PICCINI

Le 29 Novembre 2019, le ministre des Sports et de l’Education Physique du Cameroun résilie le contrat de l’entreprise PICCINI. La résiliation du contrat est justifiée par l’impossibilité de l’entreprise de livrer l’infrastructure dans les délais requis. La poursuite des travaux est confiée à l’entreprise canadienne Magil qui a notamment conduit les travaux de rénovation du Stade de la Réunification de Bepanda à Douala.

Un article du journal Cameroon Tribune fournit les informations sur cette résiliation de contrat à l’adresse : Cameroon Tribune

Dans le rapport final de sa première session de l’exercice 2019, tenue du 03 au 06 septembre 2019 au Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), le Comité National de Suivi de l’Exécution Physico-Financière de l’Investissement Public indique que le taux d’exécution du stade d’Olembe est à 78% et l’entreprise réclame plus de 28 milliards de FCFA à l’Etat du Cameroun. Ce rapport indique également des taux de réalisation des stades annexes A et B à 68% et des taux de construction de l’hôtel et du centre commercial à 36%.







Le rapport du MINEPAT est disponible sur le site Internet de ce ministère à l’adresse suivante : MINEPAT


Elaboration du modèle de revenus Olembe :

Ces informations préliminaires étant fournies consacrons-nous à l’élaboration d’un modèle de revenus pour le complexe sportif d’Olembe.

L’investissement pour la construction du complexe multisport d’Olembe est égal à 163, 5 milliards de FCFA. Cet argent a été emprunté par le Cameroun grâce à des prêts effectués auprès des banques. Pour le complexe de Japoma, le taux d’intérêt de 6,5% est appliqué selon les informations fournies par un article du journal jeune Afrique daté du 07 Juillet 2016. Je m’appuie sur ce taux pour faire la projection de remboursement du crédit de 163, 5 milliards de FCFA.

La question de la consommation de la totalité du crédit initial de 163,5 est posée par certains débateurs s’intéressant au sujet du financement du complexe d’Olembe. Je n’ai pas d’éléments factuels à ce sujet. Je vais donc considérer que les fonds alloués à l’investissement sont consommés progressivement en fonction des évolutions concrètes du projet sur le terrain. Il en découle que le financement additionnel de 55 milliards de FCFA emprunté par le Cameroun pour finaliser les travaux ne s’ajoute pas au crédit initial de 163, 5 milliards.

Dans un modèle de revenus, on émet des hypothèses, car il s’agit de construire un cadrage logique en se basant sur des éléments ajustables. Le cadrage est aussi un élément de contrainte pour le gestionnaire, car si on lui alloue par exemple un budget mensuel de 15 millions pour la maintenance de son infrastructure, il devra s’en contenter, ou alors essayer de le négocier à la hausse s’il s’avère que ce budget est irréaliste pour atteindre les objectifs qui lui ont été confiés. Bien évidemment, tout ajustement des hypothèses initiales devra être consigné dans le modèle de revenus et entraînera une modification de ce dernier.

Dans le modèle Olembe, j’alloue donc un fond opérationnel de 15 millions mensuel consacré aux services d’entretien du site. Il n’est pas nécessaire de faire le détail de ces services dans le présent article.

Les Salaires

Parmi les dépenses opérationnelles consignées dans le modèle de revenus Olembe, il y a le paiement des salaires de tous les employés. Je fais l’hypothèse d’une équipe de 59 personnes dont les salaires mensuels varient entre 100 mille FCFA et 1,5 millions de FCFA. Cette équipe bénéficie de deux bonus semestriels calculés sur la base de l’atteinte des objectifs de performance et d’un 13e mois automatique correspondant au montant d’un mois de salaire.

De ces hypothèses, il découle la simulation ci-dessous :







Ce tableau indique donc que la masse salariale mensuelle issue du Modèle Olembe est de 15 millions de FCFA. En rajoutant les bonus et 13e mois à cette masse salariale, on trouve un fonds annuel de 196 millions de FCFA de dépenses salariales annuelles pour l’ensemble de l’équipe de 59 salariés.

Le Match Phare mensuel

Le revenu model donne une vision marketing d’une activité. La vision marketing est une ambition qui s’appuie sur une connaissance du marché, celle des clients potentiels et la mise en place de stratégies marketing pour créer de la valeur en répondant aux besoins préalablement identifiés.

Comment organiser un Match Phare par mois dans un complexe multisport situé dans une ville de plus de 3 millions d’habitants et y drainer 58 950 spectateurs ? C’est l’équation que doivent résoudre les responsables en charge de l’activité. C’est un exercice intellectuel qui requiert la mobilisation de compétences en marketing.

Des stratégies existent. Le modèle donne des indications de prix des tickets en fonction de l’emplacement du public dans l’enceinte sportive. VVIP, VIP, Tribunes d’Honneur, Virages. Des prévisions moyennes d’occupation de ces places sont également faites en se basant sur la connaissance des publics. Par exemple si 100 place VVIP sont disponibles pour un évènement sportif d’ampleur, une équipe Marketing saura qui sont les VVIP, comment leur faire connaître l’événement et comment les inciter à y participer. Un taux d’occupation de 80% pourra ainsi être atteint pour cette cible de clients payant leur place à 100 mille FCFA.










Les revenus de gastronomie:

Pendant le dernier Championnat d’Afrique des Nations organisé au Cameroun du 16 Janvier au 07 Février 2021, l’engouement populaire a été noté par tous les observateurs. Le public était nombreux dans les stades, même lorsque l’équipe nationale du Cameroun ne jouait pas et ce malgré les contraintes sanitaires causées par la pandémie du coronavirus.

Dans l’enceinte des stades, des espaces de rafraîchissement et de dégustation de repas étaient aménagés. Ces lieux ont été fortement occupés par les spectateurs au point où certains y ont passé une grande partie du match qu’ils étaient venus suivre en buvant des bières et discutant avec leurs amis ou des inconnus dans une ambiance festive.

La modèle de revenus prend en compte cet aspect gastronomie en émettant des hypothèses sur le nombre de spectateurs qui achèteront des produits gastronomiques pendant le match (5%). Une estimation des dépenses moyennes est aussi faite entre 1500 FCFA et 5000 FCFA.

Il en découle le modèle Gastronomie ci-dessous :








Le modèle de revenus Olembe est ainsi constitué d’un ensemble de sous modèles conçus par activité et basés sur des hypothèses marketing de tarifs, d’affluence, de connaissance du marché et des consommateurs :

  • La billetterie artistique consacrée à l’organisation d’un événement majeur mensuel
  • La billetterie des stades annexes
  • La billetterie du gymnase reposant sur l’organisation de deux événements mensuels
  • La billetterie des compétitions de Handball
  • La billetterie des compétitions de basket-ball
  • La billetterie de la piscine
  • La billetterie des cours de tennis
  • Les revenus du centre commercial
  • Les revenus de l’hôtel 5 étoiles
  • Les revenus publicitaires générés par l’occupation des espaces du Complexe multisport

La mise en commun de l’ensemble de ces revenus permet d’obtenir un Modèle de revenus ci-dessous pour le complexe sportif d’Olembe.



Ce modèle montre que tous les ans, les charges du complexe sportif s’élèvent à 10 milliards 955 millions de FCFA et ses revenus s’élèvent à 22 milliards 136 millions de FCFA.

L’élaboration d’un modèle de revenus est un exercice intellectuel de simulation de la construction de la valeur dans une activité. Construire de la valeur signifie permettre à l’activité de générer des revenus. Pour générer des revenus, il faut avoir un plan stratégique de développement. Mais le plan seul est insuffisant. Il faut l’exécuter méthodiquement avec les compétences humaines appropriées. Il faut pouvoir mesurer la performance de l’exécution du plan avec des indicateurs de mesure clés. Le nombre de client connaissant les services, ceux qui affluent sur le site, ceux qui font des actes d’achat sur le site, ceux qui sont susceptibles de revenir plusieurs fois…

Le revenu model fournit un tableau de bord qui montre où les efforts doivent être mis, quels sont les prix à appliquer aux services, combien d’argent peut-on gagner.

  

Serge Mbarga Owona

Mathématicien, poète, écrivain.

Professionnel du marketing des télécommunications.