jeudi 9 septembre 2021

Coup d’Etat en Guinée : dans la tête de Mamady Doumbouya.

Comment naît, grandit et se réalise un projet de coup d'Etat dans son pays quand on est un guinéen, militaire né en 1980 ?

La Guinée est un pays francophone d'Afrique de l'ouest dont la superficie équivaut environ à la moitié de celle du Cameroun. Sa population estimée à 12 millions 500 mille habitants est aussi la moitié de celle du pays d'Afrique Centrale. Elle n'a pas de ressources en hydrocarbures mais ses ressources minières et notamment en bauxite la placent dans le trio de tête mondial.

En Afrique francophone, la Guinée est connue comme étant le pays qui répondit non par son leader Sekou Touré au président français Charles de Gaulle lors de sa demande d'association à la France en 1958. Elle accéda ainsi immédiatement à son indépendance et connut des actes de déstabilisation de la part de son ancienne puissance coloniale.

Depuis 2010, l'ancien opposant Alpha Condé, intellectuel panafricaniste ayant été étudiant en économie puis enseignant en France dirige ce pays. En 2020, il modifie la constitution afin de pouvoir présenter sa candidature aux élections présidentielles. Ce projet qui fut contraire aux principes qu'il porta lorsqu'il était opposé aux régimes précédents entraîna de vives réactions négatives de la part des opposants à sa politique.

Alpha Condé a engagé de vastes chantiers sociaux et économiques de modernisation et de développement de son pays avec notamment la construction de barrages et de centrales hydroélectriques pour diminuer le déficit en énergie électrique du pays.


Trois principaux groupes ethniques constituent le paysage culturel de la Guinée: les malinkés, les peuls et les soussous. Alpha Condé est issu de l'ethnie forestière Malinké, ainsi que Mamady Doumbouya, le commandant de l'unité des Forces Spéciales de ce pays. La capitale Conakry est construite dans la région côtière Soussou. Le principal opposant à Alpha Condé s'appelle Cellou Dalein Diallo, c'est un guinéen Peul. C'est un pays dont 60% de la population a moins de 25 ans. 8% de la population a plus de 54 ans. L'espérance de vie y est autour de 62 ans.


Sans être dans le secret des dieux, ni dans le salon des faiseurs de roi, le but de cet article est de comprendre comment le dimanche 5 septembre 2021, 500 jeunes guinéens de l'élite des forces de défense de ce pays ayant à leur tête un ancien légionnaire français âgé de 41 ans ont réussi à s'emparer du sommet de cet Etat démocratique africain.

L'armée guinéenne a un effectif de 45 000 hommes répartis dans l'ensemble du territoire. Elle comprend une armée de terre qui compte la quasi-totalité des effectifs. Une armée de l'air qui a un millier d'hommes et une marine d'environ 500 hommes de la mer.

L'armée de terre a un équipement comportant des fusils, des mitrailleuses, des armes lourdes de types mortiers et canons, des véhicules de transport de troupe, des véhicules blindés et quelques chars. L'armée de l'air a de vieux avions de Combat russes cinquantenaires de type Mig 21, des avions de transport, des hélicoptères de transport et des hélicoptères de combat russes performants de type MI 24 surnommés "chars volants", grâce à leur blindage et leur grande puissance de feu. Quant à la marine, ses équipements les plus significatifs sont des patrouilleurs côtiers.


Comme dans la totalité des pays d’Afrique francophone, il y a des forces de gendarmerie en Guinée, ainsi que des forces de police, un service secret de sécurité intérieur et un service de renseignement extérieur. D’un point de vue sécuritaire, la Guinée est un pays qui fonctionne avec ses moyens qui sont ceux d’un pays africain qui bâtit tant bien que mal un Etat capable de protéger son territoire contre les menaces liées au banditisme, aux trafics, au terrorisme et aux influences néfastes de toutes natures ; qu’elles soient intérieures et extérieures.


La Légion Etrangère est un corps d’Elite de l’armée française qui recrute des hommes de toutes nationalités âgés entre 17 et 39 ans. La seule condition posée aux postulants est d’avoir une Carte d’identité ou un passeport en cours de validité au moment du recrutement. Des vérifications du casier judiciaire des candidats sont effectuées pour exclure les criminels de sang, les trafiquants de drogue et les criminels sexuels. Puis un processus de sélection des candidats sur la base de leurs aptitudes physiques et mentales est effectué, avant leur intégration militaire pour un contrat de 5 ans renouvelable. Les légionnaires suivent une formation rude et participent régulièrement aux missions de guerre de la France partout où la république tricolore juge nécessaire de les envoyer.


Mamady Doumbouya est un guinéen de l’ethnie Malinké. Il intègre la Légion Etrangère en France en 2004. Il est alors âgé de 24 ans. Il sera soldat de cette troupe d’élite française au sein du 2e REI, le Régiment Etranger d’Infanterie pendant la durée d’un contrat, c’est-à-dire 5 ans et en sortira avec le grade de Caporal-Chef. Dans l’armée de terre, un Caporal-chef est un militaire du rang. C’est le grade le plus élevé dans la hiérarchie des militaires du rang. Le Caporal-chef est directement en dessous du Sergent qui est le premier grade chez les sous-officiers subalternes.


En 2012, âgé de 32 ans, Mamady Doumbouya est introduit aux autorités guinéennes par le Général de Gendarmerie Aboubakar Sidiki Camara. Le Général Camara est à l’époque le Directeur de Cabinet du Ministre de la défense de Guinée. Cette cooptation lui permet de rencontre l’ambassadeur de Guinée à Paris Amara Camara à qui il fait part de sa volonté de travailler pour son pays.  Grâce à ses états de service à la Légion Etrangère en France et à la recommandation du Général Camara, Mamady Doumbouya devient instructeur dans le Bataillon Autonome de la Sécurité Présidentielle ; l’Unité d’Elite en charge de la protection du Chef de l’Etat guinéen Alpha Condé.


Alpha Condé est un guinéen né le même jour que Mamady Doumbouya, mais 42 ans plus tôt, c’est-à-dire en 1938. Ils sont tous les deux du même signe astrologique, le poisson et ils sont tous deux originaires de la région de Kankan en Haute-Guinée, à l’Est du célèbre et beau massif montagneux du Fouta-Djalon, surnommé le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, car de nombreux cours d’eau y trouvent leur source, tels que le fleuve Sénégal et le fleuve Gambie. Alpha Condé va à l’école primaire et au collège en Guinée. Il obtient son Brevet d’Etudes Primaires et Elémentaires (BEPC), puis il est envoyé en France en 1953, à l’âge de 15 ans. Il est confié au Maire Pierre Mendès France et obtient son baccalauréat à Paris. Il est diplômé en sociologie et docteur en Droit Public de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il sera également enseignant en Droit et Sciences économiques dans cette université.


Pendant ses études supérieures en France, il milite dans le mouvement panafricaniste FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France). En 1970, âgé de 32 ans, il est condamné à mort par Sekou Touré à cause de ses opinions politiques. Alpha Condé rentre en Guinée à 52 ans en 1990 à la faveur de l’ouverture démocratique du pays sous la Présidence du Général Lansana Conté. Il est candidat de l’opposition aux élections présidentielles de 1993 et est battu par le Général Lansana Conté, mais conteste la validité des résultats. 5 ans plus tard en 1998, il est encore Candidat de l’élection Présidentielle, mais il est arrêté et emprisonné. Il obtient une grâce présidentielle après plus de deux ans d’emprisonnement. Lansana Conté est président en Guinée jusqu’à sa mort en 2008. De 2008 à 2010, une période de forte instabilité politique s’installe en Guinée avec notamment l’épisode de la prise du pouvoir par le fantasque Capitaine Moussa Dadis Camara. Alpha Condé est élu président de la République le 21 Décembre 2010 à Conakry. Il est âgé de 72 ans.


En 2015, Alpha Condé est réélu président de la République pour un second et dernier mandat tel que prévu par la constitution guinéenne. Ce mandat s’achève en 2020. Au cours de 10 ans d’exercice de pouvoir démocratique, il est mis au crédit de ce Chef de l’Etat les réalisations structurelles suivantes : L’accroissement de l’énergie électrique disponible pour les entreprises et les ménages de 183 mégawatts à 1400 mégawatts, grâce notamment à la construction de barrages hydroélectriques ; de mini-barrages et de centrales de production d’électricité. La réorganisation du secteur minier et l’attribution de contrats négociés à des entreprises chinoises et russes suscitant la création de milliers d’emplois pour les jeunes. La création de structures sociales en vue de lutter contre la pauvreté. La négociation de prêts avec la Chine pour le financement de projets économiques et sociaux. Malgré ces efforts sur les plans économiques et sociaux, il est reproché à ce progressiste le développement de l’ethnocentrisme néfaste à la construction d’une Nation plus forte.


En 2020, Alpha Condé propose une modification de la constitution afin de briguer un troisième mandat. Ce projet suscite un tollé national et sur le plan international. Le président argue alors qu’il a besoin de plus de temps pour accomplir son œuvre de développement de son pays. Malgré les contestations, la constitution guinéenne est modifiée et le 18 Août 2020, il est réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle obtenant un score de 59,5% des voix contre 33,5% pour son principal opposant Cellou Dalein Diallo. Son nouveau mandat est prévu pour une durée de 6 ans.


Pendant qu’il est instructeur dans la Garde Présidentielle de 2012 à 2017, Mamady Doumbouya est envoyé en stage au Sénégal en 2013, puis au Gabon en 2014. En 2017, âgé de 37 ans et étant instructeur dans la Garde Présidentielle de Guinée, Mamady Doumbouya est envoyé à l’Ecole de Guerre de Paris où il suit des cours accélérés dans cette école supérieure de formation à la stratégie militaire de haut niveau. La Caporal-Chef de la Légion Etrangère en France est déjà alors devenu commandant dans l’armée guinéenne et nommé à la tête du Groupement des Forces Spéciales en 2018. Il a 38 ans. Un an plus tard, en 2019, il est promu Lieutenant-Colonel.


Le dimanche 05 septembre 2021, au petit matin, les 500 soldats d’élite des Forces Spéciales de Guinée prennent position dans les lieux stratégiques qu’ils ont préalablement identifiés dans la ville de Conakry. Ils ont déjà quitté leur base de Kaleya à Forécariah située à 85 kilomètres environ du Palais présidentiel guinéen. La colonne d’assaut est constituée de pickup 4x4 équipés de mitrailleuses lourdes, de camions de transports de troupes dans lesquels les soldats d’élites sont installés, prêts au combat. Ils ont également pris leur matériel constitué d’armes d’assauts, de lances roquettes et de mortiers. Dans ce convoi, un blindé leur sert d’armes d’appui pour défoncer les éventuelles places fortes au Canon mobile.


Face à eux, il y a le Bataillon Autonome de la Sécurité Présidentielle (BASP) dont le camp de base appelé Camp Makambo contient l’essentiel des soldats, tandis que la garde se trouve dans la presqu’ile de Kaloum où est bâti le Palais Présidentiel de Sékhoutouréya. Une partie de l’Unité d’assaut des Forces Spéciales se poste autour du Camp de Makambo afin d’empêcher la sortie des renforts qui pourraient aller prêter main forte aux gardes qui sont en poste au Palais Présidentiel. C’est l’Unité Spéciale des Forces Spéciales qui va directement à l’assaut du Palais. Les trois check-points avant les murs du palais ne font pas le poids devant les armes et surtout les soldats hyper entraînés et ultra spécialisés des forces spéciales. Rapidement, après des échanges de tirs nourris laissant sur le carreau une vingtaine de gardes de la présidence et deux soldats des forces spéciales, le président est arrêté et exhibé dans les réseaux sociaux du monde entier. Doumbouya qui fut instructeur dans la Garde Présidentielle pendant 5 ans connaît évidemment le Palais ainsi que certains des Hommes qui en tiennent les points clés. 


Ce dimanche matin, 05 septembre 2021, l’action des Forces Spéciales de Guinée a été fulgurante, synchronisée, préparée et très précise. Les 45 mille forces armées de Terre, de la Marine et de l’air de la Guinée n’y ont vu que du feu et n’ont entendu que les coups de feu lorsque le soldats d’élites étaient déjà à quelques mètres du Chef de l’Etat. Un véritable Blitzkrieg, la guerre éclair chez les stratèges militaires. Malgré les signaux des services secrets guinéens, malgré les soupçons de prises d’initiatives préoccupantes de la part du charismatique commandant des Forces Spéciales, le Président a conservé sa confiance dans l’unité d’élite qu’il a voulue, qu’il a constituée et qu’il a confiée à son fils de confiance Mamady Doumbouya. La centaine de soldats envoyés en formation quelques mois plus tôt auprès des amis turcs n’auront pas le temps de terminer leurs exercices de perfectionnement pour mieux protéger un Palais Présidentiel que les experts en sécurité militaire trouvaient très médiocrement protégé.


Mamady Doumbouya est un soldat du terrain qui a bénéficié d’une formation de très haut niveau dans la Légion française pendant 5 ans. Il maîtrise l’art du combat : il connaît les armes et il a été à l’épreuve du feu dans la guerre lors des expéditions de la Légion française en Afghanistan et d’autres théâtres d’opération de très haute intensité de combat. Il connaît la psychologie de son patron le Chef de l’Etat Alpha Condé qui lui fait entièrement confiance, car il est un Produit de la diaspora et un Homme issu de la région de Kankan comme lui. En 2017, alors qu’il est instructeur dans la Garde Présidentielle, Doumbouya déclara lors d’un colloque: « Dans mon pays, le président élu démocratiquement agit selon ses intérêts, et doit obligatoirement avoir l’armée à ses côtés pour assurer la stabilité du gouvernement. Il choisira donc son état-major parmi ses proches dont il est certain qu’ils ne le trahiront pas. Et pour ce faire, il ne peut calquer le modèle européen, inapplicable chez nous ».


Mamady Doumbouya connaît les réalités opérationnelles de l’armée guinéenne, il en affiche parfois un profond dédain, lui le légionnaire qui a été au combat pour la France, a été formé dans une unité d’élite de ce pays et a ensuite bénéficié du support très haut placé de la Guinée pour se perfectionner chez les Etats partenaires de la Guinée et dans le creuset de la connaissance stratégique de l’art du combat à l’Ecole de Guerre en France. Il a minutieusement préparé son attaque, il a collecté toutes les informations avec ses soutiens ; agenda du président, temps de réaction des autres unités du pays, lourdeurs de la chaîne de commandement…Il a informé ses hommes des Forces Spéciales qui méritaient d’être dans la confidence en avance et les autres, soldats d’élite ont obéi en militaire au discours de leur leader charismatique. Lui et son état-major ont planifié l’opération, ils ont établi la synchronisation de leurs actions, puis le jour choisi, ils ont lancé l’opération. L’objectif le plus efficient était la capture de la pièce maîtresse, puis de communiquer sur ce fait d’armes rapidement en utilisant la vitesse de l’Internet. Le Blitzkrieg s’est terminé en un échec et mat total.


Un Homme seul et une troupe fût-elle d’élite ne prend pas le pouvoir par sa seule volonté dans un pays certes confronté à de nombreux problèmes, mais un pays qui fonctionne et qui n’est pas en proie à un chaos quotidien. Il y a eu des soutiens nombreux à l’intérieur et à l’extérieur de la Guinée. Mamady Doumbouya a été homme de rang pendant 5 ans de 2004 à 2009 en France. Il devint l’Homme de confiance du Chef de l’Etat de 2012 à 2017, au service de sa garde, puis Patron de l’unité la plus puissante et la mieux équipée du pays à partir de 2018. Ce type de parcours exceptionnel donne un carnet de relations sûres et de supports dans les pays où on est formé. Si en plus on a l’entière confiance du Chef suprême des armées, on fait ce qu’on veut quand on le juge opportun. Mamady Doumbouya a été le porte-drapeau du putsch parce qu’il était certain que le Coup réussirait. Bien évidemment, en homme de terrain, il savait qu’il y aurait des victimes. Mais il s’est dit qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs. Et pour paraphraser une expression qu’il a utilisée une fois le pays tombé : quand on connaît bien les forces et les faiblesses de la Guinée, on n’a pas besoin de la violer, on peut la flatter sans trop la contraindre et lui faire l’amour.


La question qui se pose est la suivante : Ce violent schisme guinéen permettra-t-il d’améliorer la situation économique misérable de la majorité de la population et de résoudre les difficultés endémiques de ce pays d’Afrique de l’Ouest? On peut en douter fortement, car Alpha Condé a certes été un leader qui a trahi ses propres engagements en modifiant la constitution pour prolonger son mandat ; Alpha Condé est certes accusé et responsable du développement de l’ethnocentrisme en Guinée, mais Alpha Condé est aussi un Leader auquel on ne connaît pas de pillage des ressources de son pays. C’est un homme intelligent, patient, cohérent et consistant qui consacra plus d’un siècle de sa vie à lutter en état de faiblesse contre les systèmes dictatoriaux de son pays, au prix de sa vie. Quel que fût le patriotisme du Caporal-Chef de la Légion en France devenu Lieutenant-Colonel en Guinée, quel que soit son engagement sincère à travailler pour son pays, un putsch est un arrêt brutal du développement d’un pays. Un militaire d’élite remplit son devoir en soldat d’élite. Le devoir des Forces Spéciales n’est pas de prendre le pouvoir. Non ! Un soldat veille sur les autres, mais ne vient pas au-devant de la scène; au pouvoir, même s’il en a la volonté, la compétence, la puissance et le pouvoir. Il faut savoir choisir ses métiers.


Pour emprunter une fois encore à la métaphore pas comique, mais ridicule des putschistes du Fouta-Djalon, le pouvoir politique au service d’une Nation est une femme séduisante quand on la convoite et qu’on l’observe sans devoir répondre à toutes ses exigences quotidiennes. Quand on commence à lui faire l’amour, on se rend compte qu’elle est complexe, instable, exigeante, et qu’elle est très convoitée de toutes parts par d’autres Etats aux intérêts divergents, on constate qu’il faut la protéger des brigands dont les armes ne sont pas des canons, ni des mitrailleuses, mais des plans astucieux, des pièges pernicieux qu’on ne rencontre pas sur le champ de bataille. Il y a la convoitise des alliés, celles des subalternes qui se voient chefs à la place du chef ; il y a les ennemis de toutes sortes qui dupent les amis, les amènent à retourner leurs vestes plusieurs fois. On en perd rapidement le sommeil pour sombrer dans la folie des grandeurs.


Serge Mbarga Owona

Mathématicien, poète, écrivain.

lundi 6 septembre 2021

Internet : Si c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit.

D'après le site Internet Quote Investigator, l’expression « si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit » a été dite par le sculpteur Richard Serra en 1973. L'expression exacte est "You are the Product of TV". Richard Serra attirait alors l'attention des téléspectateurs sur leur exposition aux publicités à travers ce média. Puis, la phrase a été popularisée avec l'arrivée de l'Internet et tous ses services gratuits.

Depuis plus de 20 ans, je suis attentivement l’évolution passionnante de l’Internet dans le monde en tant qu’utilisateur de ce média depuis son avènement dans le grand public au début des années 1990 et en tant que Professionnel ayant exercé une bonne variété de métiers qui le constituent en France, puis exerçant la responsabilité de Marketing Produit au Cameroun depuis une bonne dizaine d’années.

Internet est un média révolutionnaire apparut au 20e siècle après les révolutions majeures suivantes dans les moyens de communication :

  • Le langage : apparition il y a au moins 150 mille ans chez l’ancêtre commun des Hommes, Homo Sapiens selon les chercheurs Charles Perreault et Sarah Mathew.
  • L’écriture : apparition il y a 6 mille ans en Mésopotamie.
  • La communication orale et visuelle à distance : elle comprend les moyens de communication mécaniques (signaux sonores et signaux lumineux), les moyens de communication électroniques (télégraphe, téléphone, télex).
  • L’Industrialisation de l’imprimerie : apparition au 15e siècle en Allemagne.
  • Le Cinéma (enregistrement et projection des images animées) : apparition au 19e siècle en France.

Internet est révolutionnaire, car il constitue la synthèse de tous les modes de communication révolutionnaires qui l’ont précédé. On y retrouve le langage, l’écriture, la communication sonore, et visuelle à distance, la disponibilité des ressources documentaires mondiales et le cinéma à travers les plateformes de streaming vidéo. Il est révolutionnaire, car il a constitué un saut technologique en reliant instantanément le monde. D’où l’expression « le monde est devenu un village planétaire ».


Quelques définitions de termes que j’utiliserai dans cet article :

  • Produit : un bien ou un service qui est mis sur un marché. Une maison est un bien. L’installation d’un système de vidéosurveillance dans une maison est un service.
  • Producteur : L’individu ou l’organisme qui conçoit un Produit.
  • Client-Produit : L’individu ou l’organisme qui est à la fois un Client et un Produit.
  • Intermédiaire : L’individu ou l’organisme dont le Client-Produit est le client final.

Commençons par un exemple, pour montrer le plus simplement possible de quoi il sera question dans cet article.

Supposons que Monsieur Mandiga est un entrepreneur à Douala, la capitale économique du Cameroun. Il constate que dans sa ville, plusieurs personnes veulent acheter une voiture, mais n'ont pas assez de moyens financiers pour satisfaire ce besoin. Il constate également que ces personnes n'ont pas accès au crédit auprès des banques, car les banques sont frileuses. Monsieur Mandiga fait un dernier constat qui est le suivant : ces personnes ont suffisamment de moyens financiers leurs permettant de subvenir à leurs besoins quotidiens.

Convaincu que ses observations sont pertinentes et ayant effectué quelques études sérieuses permettant de confirmer ses constats, Monsieur Mandiga qui possède des moyens financiers conséquents et le support des banques décide de créer une entreprise qu'il appelle "FreeMotor".

Il achète 100 voitures qui ont des caractéristiques particulières. Elles ne peuvent circuler que dans un périmètre qu'il définit, il peut en prendre le contrôle à distance, il peut observer et enregistrer leurs trajets, il peut afficher les publicités de son choix sur la carrosserie, les vitres ou le tableau de bord de ses voitures, et ses voitures peuvent bénéficier de services indispensables à leur utilisation uniquement chez un réseau de partenaires de sa compagnie FreeMotor.

FreeMotor est une entreprise qui offre des voitures à tout utilisateur qui en fait la demande. La voiture est gratuite pour une durée illimitée. Le slogan de FreeMotor est : venez chercher votre voiture. C'est gratuit !

C'est de ce type de service que nous allons parler tout au long de cet écrit, afin de l'analyser et de comprendre quelles sont ses implications pour Monsieur Mandiga et pour les utilisateurs des voitures FreeMotor.

La gratuité n’est pas née avec Internet. Mais Internet à travers son usage planétaire popularise l’idée de la gratuité. En effet, dès qu’on accède à ce réseau, on peut utiliser la majeure partie de ses produits sans autres frais que ceux de son abonnement Internet. La gratuité ne signifie pas pour autant pas qu’il n’y a pas des modèles économiques permettant de générer des bénéfices sur Internet. C’est même tout le contraire comme le prouvent les acteurs du numérique prédominants de l’économie mondiale qu’on désigne par l’acronyme GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft. 


Autres exemples de produits gratuits :

Le nectar de la fleur :

Le nectar est un produit que la fleur offre à l'abeille. C'est un produit gratuit. L'abeille prend le nectar sur les étamines d'une fleur et va le déposer sur le pistil d'une autre fleur. L'étamine est l'organe male d'une plante à fleur et le pistil est l'organe femelle. L'abeille effectue ce va-et-vient pour se nourrir avec le nectar de la fleur. Le nectar est le produit que l'abeille consomme. C'est un produit gratuit pour l'abeille.

Si c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit. La fleur offre du nectar gratuit à l'abeille. L'abeille est le client-produit pour la fleur. Elle permet à la fleur d'assurer sa reproduction. La fleur gagne la pollinisation en permettant à l'abeille de se nourrir. Dans ce cas pris dans la nature ; la fleur mâle est le Producteur. Elle produit le nectar. L’abeille est le client-produit, elle consomme gratuitement le nectar pour se nourrir. La fleur femelle est l'intermédiaire, elle bénéficie du Pollen transporté par l'abeille sur son pistil.


La télévision :

Il y a des chaînes de télévisions payantes comme Canal+ et des chaînes gratuites comme la CRTV. Sur les chaînes gratuites, en vertu de la phrase "si c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit", les téléspectateurs sont les clients-produits. Ils sont comme l'abeille pour la fleur. La fleur étant la chaîne de télévision. Dans ce cas-ci, c'est quoi le nectar ? Le nectar est le programme de télévision qui est regardé par le téléspectateur. De qui le téléspectateur est-il le client-produit ? Qui est le consommateur du produit "téléspectateur » ?

Dans les programmes de télévision, des plages de publicités sont insérées régulièrement. Le téléspectateur regarde ces plages de publicité qui sont insérées par des annonceurs propriétaires des offres dont la publicité est ainsi faite. Le téléspectateur est le client-produit de la chaîne de TV. Ce client-produit est "vendu" aux annonceurs. "Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible"; affirma le patron d'une grande chaîne de télévision française. Dans le cas de la télévision, l'intermédiaire est l'annonceur. L'annonceur est un organisme qui souhaite que les téléspectateurs achètent son offre. Il a besoin de cibler ce public dont certains membres sont appelés "la ménagère de moins de 50 ans"; une notion marketing vulgarisée en France à la télévision.


Le Web :

Le Web est un espace digital où les individus du monde entier s'échangent des informations qui sont produites, transportées et stockées sur des plateformes disséminées à travers le monde entier.

Le Web est globalement gratuit pour tous ceux qui s'y connectent. Si c'est gratuit, alors qui est le produit ? Ceux qui se connectent évidemment. A l'image du modèle d'affaires des chaînes de télévision gratuites, sur le Web, il y a des fournisseurs de contenus. Ils produisent des articles, des musiques, des vidéos, des applications diverses dont le but est d'avoir un maximum d'utilisateurs appelés internautes qui y accèdent et s'en servent très régulièrement si possible. Sur les espaces de diffusion des contenus, des publicités sont insérées. Ces publicités sont élaborées par des entreprises qui veulent faire connaître leurs produits auprès des internautes.


Dans le modèle du Web simple, il faut donc que le créateur du site Internet possède un contenu attrayant qui attirera des utilisateurs accédant à sa plate-forme. Ces utilisateurs seront ainsi les clients-produits que le propriétaire du Site web valorise auprès des organismes qui font la publicité de leurs biens ou services sur le site Internet.

Surfer sur Internet est gratuit pour tous ceux qui ont un accès à cette toile mondiale. En surfant gratuitement, l'internaute est le client-produit du détenteur du site web qui commercialise ainsi sa présence aux annonceurs publicitaires.


La communication instantanée dans les réseaux sociaux :

Prenons un exemple pour montrer la puissance du profilage des internautes chez WhatsApp : Madame Diagana est une internaute enceinte qui utilise WhatsApp pour échanger des informations sur sa grossesse avec ses amis, sa famille et ses connaissances. Elle prépare sa layette et envoie également sur WhatsApp des modèles de vêtements qu'elle voit sur Internet à sa vendeuse de vêtements pour enfants. En allant sur Facebook, on lui a suggéré des magasins de vente de produits pour bébés. Dès que Madame Diagana a donné naissance à son bébé, elle a envoyé rapidement les photos du nouveau-né à ses amis sur WhatsApp et dans son groupe de famille. Elle ne le remarquera peut-être pas, mais désormais, Facebook ne lui proposera plus des informations sur les femmes enceintes, mais plutôt des produits sur les jeunes mamans et leurs bébés.

Bien évidemment, les communications échangées par ces utilisateurs ne sont pas directement accessibles aux propriétaires de WhatsApp et de Facebook. Néanmoins, les scandales Cambridge Analytica et plus récemment Pegasus du nom d'un logiciel espion capable de collecter plusieurs informations dans les smartphone (appels, fichiers) montre les limites de cette inaccessibilité des données des utilisateurs, connectés sur Internet par des intrus.


Twitter.

Twitter est un réseau social de microblogging qui est gratuit pour les individus et les entreprises. Il est utilisé pour écrire des messages courts appelés tweets. On peut également y insérer des liens vers des articles ou vers tout autre document numérique accessible sur Internet. Les utilisateurs sont des clients-produits qui permettent à ce réseau social de commercialiser des espaces publicitaires aux intermédiaires. Les intermédiaires ont ainsi une cible de clients finaux dont les centres d'intérêt et les habitudes sont connus grâce aux analyses de données faites par Twitter sur ses utilisateurs.

Il y a des utilisateurs sur Twitter, qui du fait de leur notoriété ou du nombre de comptes qui suivent leurs publications peuvent capitaliser sur leur activité pour en tirer des bénéfices financiers ou autres.


"Si c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit".

Cette phrase énigmatique exprime un modèle économique basé sur la gratuité. Ce modèle est antérieur à l’Internet et s’est vulgarisé avec Internet. Il met en œuvre une intelligence d’affaires efficace permettant aux entreprises de proposer des Produits à leurs clients en ciblant leurs besoins et en y répondant de façon excellente, sans que le client ait à payer pour le service offert. Ce faisant, ces clients deviennent leurs Produits qu’ils proposent ensuite à d’autres clients qui sont intermédiaires dans la chaine de valeur. Il apparaît donc une notion de client-produit que je conceptualise dans une réflexion approfondie complémentaire à cette réflexion préliminaire.

Dans cette réflexion approfondie, l’écosystème de la gratuité, ses ressorts et ses implications sont mis en œuvre à l’aide d’exemples tels que les moteurs de recherche et notamment Google, les applications de Chat (communication instantanée), les réseaux sociaux avec l’hyper révolution Facebook, le profilage des données massives « Big Data », les opérateurs d’intelligence artificielle dans la messagerie instantanée WhatsApp et les autres nouvelles applications de messagerie instantanée.


Serge Mbarga Owona

Mathématicien, poète, écrivain.

Professionnel des Produits Telecom.

samedi 28 août 2021

C'est quoi être camerounais? Interprétation de la camerounité sous le prisme du chant de ralliement.

Ô Cameroun.

Ces deux mots sont l'introduction dans le Triangle National.

Ils sont la célébration d'un nom qui est né de la découverte admirative faite à une époque ancienne par d'autres, pour d'autres. Ce fut ainsi. Cette rivière des crevettes est celle que nous appelons Wouri avec nos propres mots. Ce fut une rivière de richesses. Rio Dos Camaroes.

Rio Dos Camaroes. Faut-il s'en défaire, le changer ? La rivière des crevettes a drainé depuis notre conscience nationale qui a grandi dans son lit fécond.

Ô Cameroun ; rivière qui étanche notre soif, nourrit son peuple, lave et rafraîchit nos corps, irrigue nos terres fertiles, nous relie les uns avec les autres et nous conduit à la découverte du monde.

Ô Cameroun, célébration poétique du don de la nature.


Berceau de nos ancêtres.

C'est la terre d'Afrique sur laquelle les plus anciens ont été déposés.

Sur son doux feuillage, ils ont été posés par la nature et l'Eternel. En forêt, dans la savane, sur les montagnes, sous le feuillage des palétuviers de la mangrove, sur les plages en bordure de mer ou dans l'océan Atlantique, et même sur le sable chaud du désert, nos ancêtres ont regardé vers l'immensité du ciel, leurs corps nouveaux nés posés sur la terre d'Afrique en Miniature.

Le Cameroun est le berceau de nos ancêtres, l'endroit où ils virent le jour et qui les protégea des dangers jusqu'au moment où ils purent le protéger à leur tour. Berceau de nos ancêtres, le lieu qui les a vus naître.


Va debout.

C'est le pays en mouvement. Celui qui refuse de rester sur place. Il est dynamique, prend son chemin et y avance, alerte, droit devant et debout surtout.

Il va debout, à la rencontre de son destin qu'il prépare, imagine, entrevoit et accomplit. Ce n'est pas un pays qui est couché, ce n'est pas un pays qui se fait abattre. Il est en équilibre et il va de l'avant au milieu des autres Nations, parmi les autres Nations, avec les autres Nations et devant les autres s'il le faut. C'est un pays Leader.


Jaloux de ta liberté.

La liberté ne se donne pas. La liberté est un combat qu'il faut gagner. C'est un trophée qu'il faut conserver en bataillant contre tous les prédateurs qui déploient leurs chaînes de la soumission.

La Liberté est notre plus grand pouvoir. La liberté de défendre les intérêts du pays, la liberté de parler d'égal à égal avec les autres peuples. La liberté qu'il faut conserver avec jalousie contre les tentations et menaces afin qu'elles aillent divaguer ailleurs.

Jaloux de ta liberté afin qu'elle demeure au centre de nos préoccupations, qu'on soit attentifs à son évolution, qu'on en fasse notre cheval de bataille permanent.

Quand on reste jaloux de sa liberté, on ne peut pas la brader pour s'en débarrasser.


Comme un soleil ton drapeau fier doit être.

Le drapeau. Il permet de dire : je suis camerounais. Il parle sans qu'on ait besoin de prononcer un seul mot. Il affiche des valeurs intrinsèques du Cameroun. La Paix, Le Travail, l'Unité dans la diversité. Il symbolise la République Unitaire Décentralisée.

Le drapeau du Cameroun est composé de trois couleurs. Le vert, le rouge et le jaune. Il est muni d'une étoile d'or sur le rouge.

Ce drapeau est un soleil qui brille partout, éclaire, réchauffe et apporte son énergie à tous sans filtre. C'est un soleil qui contient les couleurs panafricaines et l'étoile de l'unité nationale.

Le Vert-Rouge-Jaune est un drapeau tricolore fier du symbole qu'il représente. Le Vert de la forêt dense, le rouge du sang des martyrs, des résistants et des héros tombés sur le champ d’honneur ; le jaune de la flamboyance des filles et fils de ce pays confluent de plusieurs civilisations africaines. Forestières, fluviales, montagnardes et sahéliennes.


Un symbole ardent de foi et d'Unité.

Le drapeau est une étoffe colorée. Quelques couleurs imprimées sur un morceau de tissus. Ce n'est pas que cela. Bien plus, c'est le symbole ardent, c'est-à-dire plein d'énergie, vivant et vibrant de notre foi envers le Cameroun.

La foi pour cette terre qui nourrit son peuple, le protège, assure son épanouissement et lui garantit une place respectable dans le concert des Nations mondiales. La foi en un présent à vivre, à assumer, car bon ou mauvais, il est la matérialisation du travail des ancêtres et des anciens. La foi en un avenir pensé, imaginé, bâti et continuellement amélioré au bénéfice des filles et des fils de ce pays.

Le drapeau est un symbole ardent d'Unité. Partout où il s'affiche, on reconnaît un des siens. Un camerounais ou une camerounaise. Il est l'étoffe dont on se couvre tous ensemble, devenant le fil qui relie les uns aux autres, la toile sous laquelle on s'abrite du vent, de la poussière ou de la pluie. Le drapeau ne se déchire pas, il n'est pas un objet de division, il est la fibre qui entretient l'unité.


Que tous tes enfants du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest soient tout amour.

On est camerounais partout, où qu'on aille. On est partout chez soi au Cameroun.

Tous ceux qui se reconnaissent enfants de la famille Cameroun, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest ont en commun l'amour du pays. Le pays disent-ils d'ailleurs pour nommer leur terre. C'est un code public à travers lequel ils communiquent. Lorsqu'ils disent "le Cameroun", ça signifie qu'il y a peut-être un étranger à leur pays dans la communication.

Les camerounais sont Unis dans l'amour de leur pays et sont réunis par amour. L'amour de tous pour chacun et l'amour de chacun pour tous. C'est l'amour de l'Afrique en Miniature dans l'Afrique en Miniature, entre gens issus d'Afrique en Miniature. 


Te servir que ce soit leur seul but.

Un seul but: servir le Cameroun.

Se mettre au service du pays, car c'est la voie directe pour mieux vivre avec toutes et tous dans une Prospérité harmonieuse et durable.

Le camerounais ne sert pas son pays comme on sert un maître. Non. Il ne s'agit pas d'une relation d'asservissement. Le Cameroun sert son pays tel un citoyen qui bâtit sa maison. Il est au service de son pays pour le compte de son développement, le développement de sa famille, celui de ses concitoyens, le progrès de la cité nationale.

Servir sans asservir ni se servir. Le chant de ralliement est très clair sur ce point. Il y a un unique but : servir. Mettre le pays au centre de tous les intérêts, non pas pour l'exploiter ou pour en faire sa vache à lait. Mettre le pays au centre de tous les intérêts afin d'être un maillon fort de la chaîne de sa réussite. Pour être un maillon fort, il faut s'en donner les moyens. L'unicité du but permet de concentrer les efforts comme un concentrateur d'énergie qui recueille chaque photon et les associe tous ensemble pour en accroitre la puissance.


Pour remplir leur devoir toujours.

Quel est-il ce devoir à remplir ? C'est quoi ce devoir ? C'est un ensemble d'actions ou de réflexions au service du pays dans le but de le promouvoir, de défendre ses intérêts et de contribuer à sa prospérité. Le chant de ralliement demande que le devoir fût rempli toujours. Remplit et non exécuté à moitié ou au tiers.

Toujours, comme une action perpétuelle, pérenne. Remplir le devoir est une profession de foi pour le pays, un serment d'allégeance au service d'un symbole, le pays qui est une Miniature africaine et donc la terre de rencontre des africanités, les diversités africaines.

Le devoir au service de la Patrie devenant une seconde nature pour les camerounais. La preuve éclatante du leadership d'un pays de citoyens aux consciences matures.


Chère Patrie, Terre Chérie.

Le cœur parle ici. Il bat dans une relation d'amour entre nous et lui. Nous le peuple et lui la terre. Nous les citoyens et lui la patrie. La mère patrie. Il se pourrait qu'elle fût parfois amère, devenant l'amère patrie. Mais, nous savons changer l'amertume en délice exquis. Le plat national appelé ndolè en est la preuve éclatante avec sa saveur exaltante et son onctuosité épatante.

Chère Patrie, notre chère patrie, elle est très chère à nos cœurs qui battent la chamade lorsqu'on vibre pour elle. Les circonstances ne manquent pas. Celles pour lesquelles nous sommes géants prenant notre envol sur le Char des Dieux. Le Mont Cameroun, notre terre Chérie.

Les circonstances sont intellectuelles, quand l'un de ceux où celles issus d'ici brillent dans les agoras de la pensée innovante, profonde, inspirante. Elles sont sportives quand le Hemlé, l'énergie collective indéfectible d'ici, notre énergie vitale lutte et triomphe sur les terrains de jeu du monde. Les circonstances sont culturelles, lorsque les Manu Dibango mettent la joie dans les esprits en puisant dans les racines et la sève de nos multiples diversités extraordinaires.


Tu es notre seul et vrai bonheur, notre joie, notre vie.

Le Cameroun est-il le plus beau pays du monde ? Les plus analytiques demanderaient les critères de comparaison. Certains exigeraient que la beauté fût initialement définie au préalable.

En amour, ce qui compte n'est pas tenu dans un bloc de comptabilité. Ce qui compte est ressenti, éprouvé, perçu. Le Cameroun est le seul et vrai bonheur de celles et ceux qui l'aiment. Ils éprouvent le besoin de le lui dire, ils ressentent le vide de son absence s'ils s'en éloignent. Ils ont de la peine quand il est en peine et leur joie est intense quand il gagne. Le pays est leur seul et vrai bonheur. Il est leur joie, il donne du sens à leur vie.

Quel que soit leur nom, patriotes, républicains, enfants du Cameroun, ils ne justifient pas leur amour, car ils sont occupés à aimer. Ils sont occupés par l'amour de leur pays. Ils sont de plain-pied dans l'amour du pays.


A toi l'amour et le grand Honneur.

C'est le chant final, la phrase d'apothéose de l'hymne national. Les yeux sont tournés vers le symbole de la patrie, souvent le drapeau tricolore étoilé. Et l'amour vibre dans le cœur de celle où celui qui déclare sa flamme à l'Afrique en Miniature. Le serment est effectué et il ne reste plus qu'à vivre dans la perpétuation de cet amour, le respect du devoir d'honneur qui fait qu'on est grand parce qu'on voit son pays en grand et qu'on y contribue grandement.

-----------------------


La camerounité: caractère de ce qui est camerounais, qui appartient sans équivoque au Cameroun.


Le Chant de ralliement:

Ô Cameroun , berceau de nos ancêtres,

Va debout et jaloux de ta liberté.

Comme un soleil ton drapeau fier doit être

Un symbole ardent de foi et d'unité.

Que tous tes enfants du nord au sud,

de l'est à l'ouest soient tout amour,

Te servir que ce soit leur seul but,

Pour remplir leur devoir toujours.


Refrain :

Chère patrie, terre chérie,

Tu es notre seul et vrai bonheur,

notre joie et notre vie,

A toi l'amour et le grand honneur


Tu es la tombe où dorment nos pères,

Le jardin que nos aïeux ont cultivé.

Nous travaillons pour te rendre prospère.

Un beau jour enfin nous serons arrivés

De l'Afrique sois fidèle enfant,

Et progresse toujours en paix,

Espérant que tes jeunes enfants,

T'aimeront sans bornes à jamais.


Serge Mbarga Owona

Mathématicien, poète, écrivain.

vendredi 27 août 2021

Corruption à ciel ouvert.

Il fait beau ce mardi matin dans le quartier administratif de la capitale économique du Cameroun. Il fait beau à Bonanjo. Le soleil est haut dans le ciel bleu. Il ne fait pas encore trop chaud en ce mois d’août de la saison tropicale pluvieuse.


Quelle heure est-il ? Environ midi. Au bord de la route tapissée d'un goudron propre et noir foncé, des travailleurs viennent s'alimenter. Manger un morceau de pain rempli de morceaux de viande de bœuf mouillé de sauce pimentée ; déguster une délicieuse salade de fruit, ou un plat lourd de légumes succulents accompagnés de riz ou de manioc.


Dans un bureau de l'administration publique, une dame qui n'a pas encore pris sa pause mange un sandwich derrière un comptoir où des usagers viennent demander des renseignements ou effectuer des paiements divers. D'autres comptoirs sont vides dans ce grand espace où on entend le ronronnement rafraîchissant de la climatisation. Partout dans ce bureau propret, des tas de papiers et de dossiers sont éparpillés sur des armoires ouvertes, des tables encombrées et le sol carrelé où aucune trace de poussière n’est visible.


Trois usagers sont debout derrière un comptoir, attendant on ne sait qui, ou quoi. Ils sont patients et ne disent pas un mot. Ils sont concentrés à regarder les écrans de leurs smartphones sur lesquels doivent défiler des vidéos ou quelques faits divers hilarants.


Après quelques minutes d'attente, arrive un Monsieur, vieux quadragénaire qui rapidement s'adresse à un agent de l'Etat bourru, assis derrière un ordinateur et remplissant au stylo ce qu'il semble être des formulaires.


Le nouveau venu entre avec grande vivacité dans le bureau, puis il se place devant le comptoir en bois muni d’un verre transparent dans lequel une ouverture permet de communiquer. Il tient en main une liasse de documents qui semblent être des formulaires. Il s'adresse bruyamment à l'employé assis au fond du bureau dans un ton où se mêlent du désabusement, l'impatience et la volonté de conclure rapidement ce qu’il semble être une affaire d’importance.


  • Il ne répond pas au téléphone!

Dit l'usager en s'adressant à l'employé assis au fond du bureau.

  • Comment ça il ne répond pas?
  • Tu as appelé combien de fois?
  • Il faut en finir avec ça. Je n'ai plus le temps. Dit l'usager.


Cet échange est tenu pendant quelques secondes entre les deux protagonistes, l'usager du service public s'avançant rapidement vers le comptoir en fixant du regard l'agent de l'Etat. Arrivé devant le comptoir, le vieux quadragénaire sort une petite liasse de billets de banques qui sont aperçus par toutes personnes présentes dans le bureau et notamment l'employé lourdaud du fond de la salle.


En quelques secondes, les deux Messieurs se font face debout, séparés par le comptoir vitré, puis sans un mot dire, la petite liasse de billets change instantanément de propriétaire. Cet échange rapide n'échappe à personne dans le bureau. Personne n'en dit mot, puis l'agent du service public empoche la liasse de documents en main et retourne s'asseoir derrière son ordinateur, l'argent en poche.

Avec un petit sourire en bouche, le corrupteur déclara alors au corrompu :

  • Il faut accélérer les choses, car beaucoup d'argent est en jeu.

L'employé du service public, sans changer sa mine patibulaire absente, lui répond simplement sans changer le ton monocorde de sa voix de quinquagénaire qui en a déjà vu d’autres:

  • Je ne te garantis rien.

Le constat flagrant de cet acte de corruption entre deux citoyens majeurs et conscients étant fait, que faut-il en penser ? Y a-t-il quelque chose qui en puisse être pensé ? La question du comment est la plus simple à laquelle je puis répondre. Comment en arrive-t-on là?

Le corrupteur a banalisé un acte anormal qui a répondu à son besoin de voir une demande administrative connaître une évolution rapide et positive. Il a trouvé un interlocuteur qui lui a d’emblée semblé capable de répondre à son besoin en résolvant son problème. J'en conclus qu'il y a un problème fondamental de difficultés administratives entraînant la multiplication de ces actes illégaux qui brouillent les pistes permettant de répondre aisément et normalement aux besoins des citoyens dans leurs interactions avec le service public.


Comment résoudre ce problème grave? A mon avis, la transparence doit prévaloir dans la diffusion des procédures administratives. Il faut donc qu'elles soient toutes écrites d’abord. Qu’elles fussent donc écrites déjà, et que les usagers sachent où ils peuvent les consulter pour mieux en faire un usage utile. La digitalisation de ces procédures est l'étape supplémentaire. Digitaliser pour permettre aux usagers d'effectuer leurs démarches à distance, sans qu’ils doivent se déplacer. Ils gagneraient ainsi leur temps précieux et leur argent durement gagné.


Digitaliser, mais en offrant tout aussi la possibilité d'accéder à un service client de l'Etat disponible physiquement si on le souhaite. Un service capable de renseigner et d'aider rapidement avec toute la courtoisie nécessaire. Un interlocuteur d’Etat devenant plus service agréable que sévices pour l’usager qui en requiert le support, l’aide ou simplement la bonne information.

Il faut donc écrire, publier et si nécessaire améliorer les procédures, informer les usagers, éduquer autant les serviteurs d'Etat que les citoyens clients sur la nécessité d'un meilleur fonctionnement du service public au bénéfice de tous et en respectant les règles établies pour le bien de l’ensemble de la communauté.

L'information, la sensibilisation, l'éducation étant déjà en place, il faut dénoncer et réprimer les corrupteurs et leurs acolytes corrompus avec rudesse, sans faiblesse, ni répit.


Qui va dénoncer?

D'abord les témoins, ceux qui assistent aux actes de corruption. Leur garantir l'anonymat de la dénonciation, faciliter l’alerte sur le constat de corruption. Dénoncer, non parce qu'on va y gagner des points ou des rétributions financières. Mais dénoncer, car ceux qui brisent les règles cassent la société, installant le chaos des bandits entre les plus vicieux et les meilleurs brigands dans l'accomplissement des actes illégaux. Quand la cité est cassée, la normalité de l’honnêteté et les progrès qui en découlent sont piétinés par tous les lascars imbus d’avantages indus qui profitent à satiété de la destruction du bien-être commun.

La dénonciation est ensuite l’affaire des leaders, ceux qui sont responsables des structures, ceux qui doivent montrer les bons exemples, qui donnent parfois les ordres et doivent en suivre l’exécution. Ils sont chargés d'imprimer le rythme. C'est leur responsabilité, leur devoir devant l'histoire.


Que faisais-je un mardi matin dans le quartier administratif de Douala à Bonanjo ? J'essayais de procéder à l'enregistrement d'un fichier informatisé dans un serveur afin qu'il soit transmis à un autre serveur, tous deux dépendant du service public. Je n'ai pas réussi cet enregistrement, car semble-t-il, je n'étais pas au bon endroit, au bon moment.

Un usager très courtois à qui je demandai un renseignement ce matin-là me confia qu'il faudrait que je sois patient pour la réussite de l’enregistrement digital de mon fichier déjà informatisé. Je le remerciai et m'en allai continuer ma vie de vacancier en cette saison perpétuellement estivale où je contemple quelques beautés quelconques tout sourire, sous le soleil pluvieux de Douala.


Serge Mbarga Owona.

Mathématicien, poète, écrivain.

dimanche 15 août 2021

Cameroun: Bientôt 40 ans de développement (1982 – 2019)

 Le Cameroun obtient son indépendance le 1er Janvier 1960. A l’époque, c’est un pays peuplé de cinq millions d’habitants. Ses principales productions économiques sont agricoles : Cacao, Café, Coton, Banane, Bois précieux. L’exploration pétrolière débute en 1947. Vingt-cinq ans plus tard en 1972 les premières découvertes pétrolières commerciales sont effectuées dans le bassin de Rio Del Rey à l’est de la péninsule de Bakassi. 


Bassin du Rio Del Rey à l’est de la presqu’ile de Bakassi


Le Cameroun s’est-il développé pendant les quatre premières décennies de son indépendance ? Ce développement a-t-il été important au point d’en être suffisamment satisfait ? Voilà quelques questions auxquelles va répondre cet article non pas à l’aide de rhétoriques, d’opinions ou de convictions, mais à l’aide de données factuelles issues de sources sérieuses et rigoureuses, vérifiables par tout le monde.


Pour affirmer qu’un pays s’est développé ou pas pendant une période donnée, il faut analyser des indicateurs économiques standards pendant cette période. J’en ai choisi cinq qui sont :


  1. Le nombre d’habitants
  2. L’évolution du taux de mortalité infantile
  3. L’espérance de vie à la naissance
  4. Le Produit Intérieur Brut
  5. L’indice de Développement humain


Pour apprécier l’importance d’un développement, il faut pouvoir le comparer avec celui d’autres pays au cours de la même période. J’en ai choisi quatre autres :

  • La Côte d’Ivoire
  • Le Ghana
  • Le Kenya
  • La Tanzanie

Parmi les quatre pays choisis pour comparer leur développement à celui du Cameroun depuis 1982, il y a un pays francophone et trois pays anglophones. Le pays francophone choisi, la Cote d’Ivoire est celui qui se rapproche le plus du Cameroun en termes de nombre d’habitants, de structures économique avec notamment une production agricole basée sur des cultures de base destinées à l’exportation notamment le Cacao et le Café. C’est un pays d’Afrique de l’Ouest appartenant à l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine). Sa monnaie est le Franc CFA (Franc de la Communauté Financière Africaine).

Le Ghana est un pays anglophone d’Afrique de l’Ouest qui est choisi pour sa taille en termes de population pas très éloignée de celle du Cameroun, pour sa stabilité politique, pour son dynamisme économique marqué notamment par la possession d’une monnaie nationale, le Cédi.

Le Kenya et la Tanzanie sont deux autres pays anglophones dont la population est beaucoup plus importante. Ils sont choisis comme éléments de comparaison avec le Cameroun grâce à leur stabilité politique, leur dynamisme économique et leur localisation géographique en Afrique de l’Est. La monnaie nationale du Kenya est le Shilling Kenyan et celle de la Tanzanie est le Shilling Tanzanien.


I. Le nombre d’habitants du Cameroun entre 1982 et 2019.

Cet indicateur est utilisé pour donner un ordre d’idée sur la population camerounaise, car c’est elle qui constitue la force vive responsable du développement du pays. Puisque ce sont d’abord les camerounais qui développent leur pays, il est important de connaître combien ils étaient en 1982 et combien ils sont en 2019. C’est un indicateur qui est également important, car il permet de comparer l’évolution de la population camerounaise avec celle de pays dont la population est d’un volume non pas égal, mais similaire. Ni trop inférieur, ni exagérément supérieur.

En 1982, il y avait environ 9 millions de camerounais, la population du pays a quasiment triplé en près de 40 ans, atteignant aux alentours de 26 millions d’habitants en 2019.

Dans le graphique ci-dessous, on voit que le nombre d’habitants du Cameroun et celui de la Côte d’Ivoire sont pratiquement confondus, tandis que la population du Ghana et surtout celles du Kenya et de la Tanzanie sont largement supérieures à celles du Cameroun.

En 2019, il y a environ 26 millions de camerounais, 26 millions d’ivoiriens, 31 millions de ghanéens, 53 millions de kenyans et 58 millions de tanzaniens.


II. L’évolution du Taux de Mortalité Infantile du Cameroun entre 1982 et 2019.

Le Taux de mortalité est un chiffre qui indique le nombre d’enfants qui meurent avant l’âge de 5 ans sur un ensemble donné de 1000 enfants naissant dans un pays.

  • En 1982, sur un échantillon de mille enfants qui naissaient au Cameroun, 113 mourraient avant d’atteindre l’âge de 5 ans. En 2019, sur 1000 enfants qui naissent, 50 meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans.
  • En 1982, sur un échantillon de mille enfants qui naissaient en Côte d’Ivoire, 111 mourraient avant d’atteindre l’âge de 5 ans. En 2019, sur 1000 enfants qui naissent en Côte d’Ivoire, 58 meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans.

Tableau comparatif des taux de mortalité infantile en 1982 et 37 ans plus tard au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie.


Les cinq pays de notre tableau comparatif ont réduit la mortalité des enfants de moins de 5 ans entre 1982 et 2019.

Sur la liste des 5 pays, le Cameroun avec 56% de réduction de la mortalité infantile occupe la 3e place derrière le Ghana (67%) et la Tanzanie (66%). Il réalise une meilleure performance que le Kenya (53%) et le côte d’Ivoire (48%).

En résumé sur la lutte contre la mortalité infantile entre 1982 et 2019, nous avons le classement suivant:

  1. Ghana
  2. Tanzanie
  3. Cameroun
  4. Kenya
  5. Côte d’Ivoire

Tableau montrant l’évolution annuelle des Taux de mortalité Infantile au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie de 1982 à 2018.


Ce graphique nous montre que le Kenya a toujours eu une Mortalité infantile faible comparé aux quatre autres pays. Cette mortalité a augmenté de 1988 à 1992, mais à partir de 1993, elle diminue régulièrement.

Le Ghana a une mortalité infantile qui diminue régulièrement et on note qu’en 1989, alors que la mortalité infantile diminue au Ghana, elle augmente régulièrement au Cameroun de 1991 à 1997. A partir de 1998, la mortalité infantile recommence à diminuer au Cameroun. La diminution s’est accélérée entre 2010 et 2019 avec des taux compris entre 3% et 4% alors que précédemment, elle était entre 1% et 2% en moyenne.

La Tanzanie réalise une performance remarquable par rapport au Cameroun en obtenant une meilleure baisse de sa mortalité infantile à partir de 1997, tandis que celle du Cameroun stagne. De 1997 à 2019, la mortalité infantile baisse en moyenne de 4% en Tanzanie, pendant que la baisse n’est que de 3% au Cameroun.

III. L’espérance de vie à la naissance au Cameroun de 1982 à 2019.

L’espérance de vie dans un pays est la durée moyenne de la vie des habitants de ce pays. L’espérance de vie dépend de plusieurs facteurs, l’alimentation, l’activité sportive, la qualité du système de santé, l’équilibre psychologique des individus. Elle est une des expressions de l’amélioration de la qualité de la vie dans un pays. Dans les pays où les individus vivent mieux, ils vivent aussi plus longtemps.

Tableau comparatif de l’espérance de vie en 1982 et 36 ans plus tard en 2018 au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie.


Les cinq pays de notre tableau comparatif ont allongé l’espérance de vie de leurs habitants entre 1982 et 2019.

Au Cameroun, l’espérance de vie a été rallongé de 6 ans, il en a été pareil en Côte d’Ivoire. Au Ghana, l’espérance de vie a été rallongée de 11 ans ; 8 ans au Kenya et 15 ans en Tanzanie.

Sur la liste des 5 pays, le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont ceux qui réalisent la moins bonne performance sur le rallongement de l’espérance de vie de leurs habitants. Dans ces deux pays, les habitants n’ont gagné de 6 ans de vie en entre 1982 et 2018.

La Tanzanie est le pays qui réalise la meilleure performance, car sur la même période, les tanzaniens ont gagné 15 années de vie supplémentaire.

En résumé sur le rallongement de l’espérance de vie entre 1982 et 2018, nous avons le classement suivant :

  1. Tanzanie (15 ans)
  2. Ghana (11 ans)
  3. Kenya (8 ans)
  4. Cameroun (6 ans)
  5. Côte d’Ivoire (6 ans)

Dans l’analyse de l’indicateur sur l’espérance de vie, il y a certes la performance sur la rallonge, mais il y a aussi la durée absolue de l’espérance de vie dans chacun de ces pays en 2018. Cet autre regard sur l’espérance de vie donne le classement suivant :

  1. Kenya (66 ans)
  2. Tanzanie (65 ans)
  3. Ghana (63 ans)
  4. Cameroun (58 ans)
  5. Côte d’Ivoire (57 ans)

Tableau montrant l’évolution annuelle des Espérances de vie au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie de 1982 à 2018.

 


Sur ce tableau, on remarque que l’Espérance de vie au Cameroun était supérieure à celle de la Tanzanie jusqu’en 1999 et en 19 ans, la Tanzanie a gagné 14 points d’Espérance de vie, pendant que le Cameroun n’en gagnait que 8.

IV. L’évolution du Produit Intérieur Brut du Cameroun de 1982 à 2019.

Le PIB (Produit Intérieur Brut) est un indicateur économique qui mesure la valeur de l'ensemble des biens et services produits sur le territoire d'un pays donné au cours d'une période donnée quelle que soit la nationalité des producteurs présents sur ce territoire.

Les biens peuvent être des ressources minières, des ressources agricoles, des machines-outils, etc. Les services peuvent être des offres de télécommunication, des services éducatifs, hospitaliers, administratifs, des services à la personne (agent d’entretien, aide-ménagère, …) etc.

Dans cet article, la période de référence considérée pour la mesure du PIB est l’année.

Tableau comparatif des PIB par habitants exprimés en dollars en 1982 et 37 ans plus tard en 2019 au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie.

Comparé à la Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et à la Tanzanie, le Cameroun a effectué la moins bonne performance sur la création des richesses rapportée à l’évolution de la population camerounaise entre 1982 et 2019.

Que ce soit en valeur absolue lorsqu’on fait la différence entre les richesses moyennes de chaque habitant en 2019 et les richesses en 1982, ou en valeur relative pour exprimer le pourcentage d’évolution du PIB entre 1982 et 2019, le Cameroun a également effectué la moins bonne performance, comparé aux 4 autres pays.

Sur le graphique ci-dessous montrant l’évolution des PIB des 5 pays (Cameroun, Cote d’Ivoire, Ghana, Kenya et Tanzanie), on note que jusqu’à 2009, le Cameroun avait le PIB par habitant le plus élevé avec une valeur de 1315 dollars. Mais à partir de 2010, ce PIB décroit fortement.

En rapprochant cette évolution des PIB par habitants avec la production Pétrolière du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, on remarque qu’après son pic de production pétrolière en 1985 (185 millions de barils), la production du Cameroun baisse inexorablement d’années en années.

En 2010, le PIB par habitant du Ghana (1299 dollars) devient légèrement supérieur à celui du Cameroun (1287 dollars) et en 2011, avec le pic de croissance de la production pétrolière au Ghana (de 7 à 77 millions de barils entre 2010 et 2011), son PIB devient très largement supérieur à celui du Cameroun (1549 dollars pour le Ghana et 1405 dollars pour le Cameroun).

En 2014, le PIB par habitant de la Côte d’Ivoire (1561 dollars) devient supérieur à celui du Cameroun (1543 dollars). En 2014, la production de pétrole de la Côte d’Ivoire est régulière autour de 36 millions de barils par an, soit un peu moins que la production pétrolière du Cameroun (75 millions de barils).

En 2015, le PIB par habitant du Kenya (1337 dollars) devient supérieur à celui du Cameroun (1328 dollars). Le Kenya a une croissance régulière de son PIB depuis 2008. Cette croissance régulière s’accélère légèrement entre 2010 et 2019, atteignant une valeur moyenne de 7% pendant que dans la même période, la croissance du PIB du Cameroun est de 2% en moyenne.

 


De 2010 à 2019, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Kenya et la Tanzanie ont respectivement des taux de croissance de leurs PIB égaux à 9%, 7%, 7% et 5%. Dans le même temps, la croissance moyenne du PIB du Cameroun est égale à 2%.

Le Ghana et la Cote d’Ivoire ont bénéficié du développement de leur secteur pétrolier pendant que celui du Cameroun est en décroissance constante. Quant au kenya et à la Tanzanie, ils ont su développer la croissance de leurs PIB, en les maintenant solides et réguliers entre 2010 et 2019.

Le PIB du Cameroun a connu plusieurs fluctuations qui s’expliquent par de nombreux évènements : dévaluation du FCFA en 1994. Décrochage en 2010 à la suite de la crise financière de 2008, guerre contre Boko Haram depuis 2014, entraînant une baisse du PIB en 2015. Le graphique ci-dessous montre les différentes fluctuations du PIB camerounais :


De 1982 à 2011, le Cameroun a maintenu le PIB par habitant le plus élevé (1315 dollars), comparé à ceux de la Côte d’Ivoire (1215 dollars), du Ghana (1078 dollars), du Kenya (905 dollars) et de la Tanzanie (695 dollars).

Globalement sur la période 1982 – 2019, le Cameroun a effectué la moins bonne performance de la croissance du PIB par habitant tant en valeur absolue qu’en valeur relative.

Chiffres des performances du PIB par habitant en valeur absolue en 1982 et 2019 :

  1. Ghana (1856 dollars)
  2. Kenya (1454)
  3. Côte d’Ivoire (1413)
  4. Tanzanie (900)
  5. Cameroun (708)

Chiffres des performances de la croissance du PIB par habitant entre 1982 et 2019 :

  1. Ghana (536%)
  2. Tanzanie (405%)
  3. Kenya (401%)
  4. Côte d’Ivoire (164%)
  5. Cameroun (89%)

Chiffres de la valeur du PIB par habitant en 2019 :

  1. Côte d’Ivoire (2276 dollars)
  2. Ghana (2202 dollars)
  3. Kenya (1817 dollars)
  4. Cameroun (1507 dollars)
  5. Tanzanie (1122 dollars)


V. L’évolution de l’Indice de Développement Humain du Cameroun entre 1982 et 2019.

L’Indice de Développement Humain (IDH) est un indicateur qui permet de mesurer la qualité de vie moyenne de la population d’un pays. Cet indice va de 0 à 1. La valeur 1 signifie que la qualité de vie est idéale dans un pays. L’IDH tient compte de trois composantes du développement humain :

  • La possibilité d’avoir une vie longue et en bonne santé grâce à la mesure de l’espérance de vie à la naissance.
  • Le niveau de scolarisation en prenant en compte le taux d’analphabétisme et l’accès des élèves aux différents niveaux du système scolaire (Primaire, secondaire, universitaire).
  • Le standard de vie calculé à partir du Produit Intérieur Brut et en tenant compte de la parité du Pouvoir d’Achat.

Tableau comparatif des valeurs de l’Indice de développement humain en 1985 et 32 ans plus tard en 2017 au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya et en Tanzanie.


Evolution annuelle des indices de développement humains du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Kenya et de la Tanzanie de 1985 à 2017

 


Ce graphique montre que le Cameroun a une progression régulière de son IDH derrières ceux du Ghana et du Kenya. Les valeurs de l’IDH de la Tanzanie suivent la même tendance croissante que celles du Cameroun, alors que la Côte d’Ivoire a un IDH qui évolue de façon moins affirmée comparé à ceux des quatre autres pays indiqués dans le graphique.

Un zoom sur l’évolution de l’IDH du Cameroun montre que les conditions de vie s’améliorent au Cameroun depuis 1982.

Après une baisse de son IDH entre 1990 et 1994, le Cameroun poursuit l’amélioration des conditions de vie de ses habitants, la scolarisation des jeunes et le développement de son économie.

Chiffres des performances de l’IDH en 2017 :

  1. Ghana (0592)
  2. Kenya (0590)
  3. Cameroun (0556)
  4. Tanzanie (0538)
  5. Côte d’Ivoire (0492)

En analysant la croissance de la Population du Cameroun, l’évolution du taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans, l’espérance de vie à la naissance, le Produit Intérieur Brut (PIB) et l’Indice de développement Humain (IDH) entre dans la période comprise globalement entre 1082 et 2019 on obtient les valeurs rigoureuses suivantes :

En comparant les performances du Cameroun à celles de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Kenya et de la Tanzanie sur la même période, on obtient les positions ci-dessous :


Sur la base des valeurs ci-dessus, le classement des pays les plus performants dans la conduite de leur développement pour la période débutant en 1982 et s’étendant jusqu'en 2019 est le suivant :

  1. Ghana
  2. Kenya
  3. Tanzanie
  4. Cameroun
  5. Côte d’Ivoire

Sources de données:


Serge Mbarga Owona

Mathématicien, Poète, Ecrivain.

Chef de Département Produits et Services Télécoms

mardi 20 juillet 2021

Bakassi: Le récit d'une victoire camerounaise

Le 21 décembre 1993, les troupes nigérianes prennent l'initiative de franchir la frontière camerounaise sous le prétexte de protéger leurs ressortissants qu'elles estiment menacés dans la péninsule de Bakassi par les « gendarmes » camerounais.

Ces forces armées nigérianes constituées de 2000 à 3000 hommes trouvent sur le territoire escompté une escouade camerounaise faite d'environ 40 hommes (30 éléments de la marine nationale, quelques gendarme et policiers) qui assuraient la mission d'intégrité territoriale en poste avancé et dont le Poste de Commandement se situait à Idabato I en décembre 1993. 

Ces forces camerounaises, face à cette attaque surprise et le surnombre des troupes nigérianes, vont tout de même essayer de repousser les assaillants. 

Déjà à l'intérieur du territoire camerounais, les forces nigérianes vont occuper au 21 janvier 1994 les localités de :

- Kombo A Bedimo et Inokoi (Bakassi Point)

- Jabane I et II (Sandy point)

- Diamond 


Décidées à rallier le territoire nigérian à la rive sud du Rio Del Rey, les forces nigérianes vont multiplier les offensives et vont s'emparer en février 1994 de la localité d'Akwa (Archibong). Pendant ce temps, les forces camerounaises essayent de se mobiliser (Opération Delta). Et au cours de leur attaque sur la localité de Kombo A Janea, elles seront repoussées par le GOS en poste avancé. Cette riposte camerounaise sera considérée par le gouvernement nigérian comme « une déclaration de guerre », ce qui entraînera plus tard une intensification des hostilités.

Du 2 au 7 février 1996, les troupes nigérianes investissent plus en profondeur en territoire camerounais (15 Km vers l'est). C'était une attaque en force sur toute l'étendue de la presqu'île, des tirs à armes lourdes qui pilonnaient au sol les forces camerounaises. Cette offensive leur a permis d'occuper les localités telles que :

- Sous-préfecture d'Idabato I,

- Idabato II,

- Kombo Awase,

- Kombo A Munja I et II,

- Guidi-Guidi,

- Uzama (MINDEF 1996 : 2).


Au cours de cette attaque, le Cameroun va perdre une centaine d'hommes environ et près de 120 seront faits « prisonniers de guerre », malgré la non déclaration officielle de guerre du gouvernement nigérian comme du gouvernement camerounais. Cette attaque massive nigériane de 1996 (artillerie à bloc) va leur permettre d'occuper les 3/5e de la presqu'île querellée.

Cette escalade périlleuse va amener les forces camerounaises à se réinventer d'autant plus qu'il ne leur restait plus que les 2/3 du territoire sauvegardé par leur courage. 

A cet effet, les autorités camerounaises vont armer leurs forces de 30 vedettes appelées « Sweep Ship ». C'était des petits bateaux américains pouvant contenir 10 à 12 personnes à bord et équipés de 4 mitrailleuses (2 lourdes et 2 légères) Ces vedettes étaient le matériel indiqué pour le combat dans la mangrove qui recouvrait la presqu'île. Ces engins étaient destinés à permettre la mobilité des forces camerounaises contrairement aux frégates nigérianes qui ne pouvaient pas circuler dans la mangrove. 

Nanties de ce matériel d'appoint, les forces camerounaises dirigées par le Capitaine de vaisseau Oyono Mveng, commandant de l'Opération Delta, vont organiser une contre-attaque en mars 1996. Cette contre-attaque surprise va leur permettre de récupérer certaines localités à la suite de lourdes pertes nigérianes, environ 2000 hommes tués, des bâtiments de guerre détruits (Jonathan). Au-delà de ces pertes en vies humaines, près de 150 soldats nigérians seront faits prisonniers de guerre par le Cameroun, parmi lesquels 4 officiers. 

Cet équipement spécifique va permettre aux forces camerounaises de maintenir les forces nigérianes dans leurs retranchements. Les positions occupées par les deux camps resteront comme telles jusqu'au dénouement diplomatique d'octobre 2002 au mépris des mesures conservatoires indiquées à l'attention des deux gouvernements par l'ordonnance du 15 mars 1996 de la CIJ à la Haye et de la demande adressée par les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies le 29 février 1996, pour le cessez-le-feu et le retour des troupes des deux parties à leurs positions initiales.

Cette lourde perte nigériane (une semaine à repêcher les corps) a semé le doute dans leurs rangs, raison pour laquelle elles n'ont plus organisé d'offensives de grande envergure.

La Guerre étant le langage des armes, il est tout naturel qu'on s'attende à un bilan en terme de pertes de vies humaines et des dégâts matériels. Mais la guerre de Bakassi a été une guerre qui n'a pas dit son nom, voire une guerre inavouée par les gouvernements belligérants. Les deux gouvernements n'ont pas partagé avec leurs peuples respectifs la situation de guerre qu'ils vivaient de peur de l'étendre aux civils. Le gouvernement camerounais a géré cette guerre en toute intimité, certainement pour la sécurité de la forte communauté nigériane vivant sur son territoire.


Sur le plan humain, le Cameroun a perdu environ 200 à 300 hommes sans compter les disparus à l'instar du médecin porté disparu à la suite d'un accident d'hélicoptère. Le Nigeria quant à lui a perdu environ 3000 à 4000 hommes dans cette guerre. Le bilan nigérian le plus lourd a été enregistré lors de la riposte camerounaise en mars 1996 à Kombo A Janea (2000 morts environ). A coté de ces pertes en vie humaine, on peut ajouter les prisonniers de guerre qui ont été libérés à la suite de l'échange organisé à Yaoundé en juin 2006 par les deux gouvernements sous l'égide de la Croix Rouge Internationale. Le Cameroun a libéré environ 150 prisonniers nigérians parmi lesquels le corps du Capitaine FOUTOUMBE, mort en captivité à Yaoundé. Le Nigeria à son tour en a libéré environ 120 parmi lesquels deux corps des sous officiers rapatriés.


Sur le plan matériel, le Cameroun a perdu trois (03) hélicoptères (deux sont tombés en mer, un a été emporté par un tourbillon marin et est allé tomber à 500 mètres de la côte et à 300 mètres de profondeur de la mer) ; un sweep Ship ; beaucoup d'armes et de munitions lors de la prise d'Idabato I et II par les forces nigérianes en février 1996. 

Le Nigeria quant à lui a perdu trois bâtiments de guerre parmi lesquels le « JONATHAN » détruit par les fusiliers marins commandos camerounais encore appelés « hommes grenouilles» ; beaucoup d'armes et de munitions abandonnées lors de la riposte camerounaise de mars 1996. 

Le Nigeria a mobilisé pour cette guerre environ 10000 hommes de formation au rabais (45 jours environ de formation) et beaucoup de moyens mal organisés. Le Cameroun de son coté a présenté 2000 hommes environ, nantis d'une formation de haute facture (deux ans) et des moyens limités, mais spécifiques, c'est-à-dire adaptés pour le combat dans la mangrove.

Le Nigeria était assez équipé pour la parade, mais manquait d'équipement de combat dans la mangrove au début de la guerre. Le Général de Corps d'Armée René Claude Meka était le commandant des troupes camerounaises. Cet officier formé à l'école militaire française spéciale de Saint-Cyr en 1962 et à l'école de l'infanterie de Saint-Maixent en 1963 est l'actuel Chef d'état-major des forces armée camerounaises.


Quelques Liens utiles:

Audience Publique de la Cour Internationale de Justice de la Haye

Page facebook Chance Lion

E.C Messinga: Les forces armées camerounaises face aux enjeux militaires dans le golfe de Guinée: le cas du conflit de Bakassi

Invitation de l'armée du Nigéria au défilé du 20 Mai 2018 à Yaoundé.